Thomas d’Aquin et l’Université

En 1215, un appel est lancé par le concile de Latran IV : le salut du peuple chrétien exige qu’on lui enseigne la Parole de Dieu. La grande politique ecclésiale que mène la papauté durant la première moitié du XIIIe siècle pour instituer des centres de formation s’incarne dans l’université et notamment la prestigieuse université de Paris. Ces universités accueillent des étudiants destinés à devenir des prédicateurs. Parmi ces étudiants se trouve Thomas d’Aquin[1]. Thomas appartient à l’ordre des frères prêcheurs, un ordre mendiant fondé en 1215 par Dominique de Guzman. Celui-ci a organisé la vie de ses religieux autour de l’étude et de la prédication. Il souhaitait des frères parfaitement formés[2]. Thomas incarne cette volonté de Dominique. Formé à l’université, il y exerce comme maître et enseigne, prêche et défend la foi[3].

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Dieu a- t-il voulu l’homme autonome ?

Un léger sentiment d’imposture m’envahit, endossant l’habit du spécialiste de ces questions que je ne suis pas, au moment de prendre la parole devant vous, pour vous donner un écho théologique de la question de l’autonomie. Après les interventions de ce matin, mon regard paraitra forcément un peu différent des regards philosophiques et professionnels qui nous ont été proposés. Même si, comme nous l’avons fait ce matin, parcourant la question de l’enfance à l’âge adulte, le catéchisme de l’Eglise catholique indique en passant : « l’enfant grandit vers sa maturité et son autonomie humaines et spirituelles » (§2232 CEC[1]), le mot d’autonomie a mis du temps à entrer dans le vocabulaire de l’Eglise qui s’en méfie toujours un peu et il entre en jeu avec d’autres termes. Nous ferons donc d’abord une petite enquête dans le texte qui valide son entrée, Gaudium et Spes du concile Vatican II, puis nous verrons que le terme a suscité un débat dans la théologie morale catholique et enfin nous montrerons quel apport l’éthique chrétienne peut faire faisant dialoguer autonomie et socialité.

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Vous avez dit radicalisme ?

Radicalisme… Quand ce mot résonne dans les colonnes des journaux ou les contributions d’intellectuels, il évoque à juste titre une tendance dangereuse des religions (ou des idéologies) à affirmer leur identité de manière unilatérale, intolérante et violente. La radicalisation des croyances ou des choix politiques signifie non seulement leur éloignement d’un centre où les options opposées sont comme équilibrées, mais aussi leur affirmation intransigeante qui, sous prétexte d’en revenir à l’origine (la racine, radix) du mouvement ou du positionnement, s’érige en absolu et en vient à rompre avec les tenants d’une version plus conciliante ou accueillante du mouvement.

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Deux réceptions francophones de la pensée de Karl Rahner

Deux théologiens français viennent de publier un ouvrage dont tout ou partie est consacrée à la réception dans leur pensée de l’œuvre monumentale de Karl Rahner. Le théologien le plus âgé, Christoph Théobald, poursuit inlassablement son œuvre initiée dans Le christianisme comme style, et dans cette Genèse d’une théologie systématique (sous-titre de son ouvrage), il détaille sa dette à Karl Rahner dans son propre cheminement de pensée. Sur une cinquantaine de pages, le théologien jésuite décrit les éléments d’une « lecture actuelle » de Karl Rahner. Continuer à lire … « Deux réceptions francophones de la pensée de Karl Rahner »

« Vivre à Dieu seul » Marcel Neusch (1935-2015)

marcel-neuschCette devise emblématique du monde monastique aurait pu être celle du Père Marcel Neusch au même titre que la devise des Augustins de l’Assomption « que ton règne vienne ». Car rarement en une personne auront été déclinés sous toutes leurs formes et l’amour de Dieu et l’amour des hommes. Et c’est avec beaucoup d’émotion que je viens tracer ces quelques lignes en hommage à un éminent professeur d’une rare profondeur et d’une rare générosité. Après avoir suivi les cours du père Marcel Neusch au Centre de théologie universitaire de Rouen, il m’a été donné de le rencontrer à Paris lors d’une visite aux Oblates de l’Assomption de la rue de la Convention. Et j’ai retrouvé là à l’occasion d’un repas parmi ses sœurs, dont Sœur Claire, le pasteur, le théologien et le frère. Continuer à lire … « « Vivre à Dieu seul » Marcel Neusch (1935-2015) »

Qu’est-ce que la Miséricorde ?

Nous sommes entrés dans l’année de la miséricorde qu’a voulue notre pape François. Cet article s’appuie essentiellement sur sa lettre d’invitation, de ‘convocation’ (bulle d’indiction) publiée le 11/04/2015[i]

Pour en comprendre le sens, commençons simplement par l’étymologie. Miséricorde vient directement du latin « misericordia », adj. « misericors » : qui a le cœur sensible à la pitié, à la misère. Les mots grecs correspondant sont ελεοσ, ελεημοσυνη et le verbe ελεω, qui signifie « avoir pitié, prendre en pitié », bien connu en raison de son emploi dans le « Kyrie » : où nous disons, ou chantons : « Kyrie eleison », c’est à dire « Seigneur prends pitié ». Quant à l’hébreu « RaHaMÌM », il désigne le cœur, les viscères, les entrailles en même temps que miséricorde : RaHaM ou RèHèM est l’utérus de la mère. L’hébreu est donc plus fort encore plus réaliste puisque il évoque non seulement un  sentiment, mais un mouvement venant des profondeurs, de nos entrailles. Continuer à lire … « Qu’est-ce que la Miséricorde ? »

Dieu est-il tout-puissant ?

God-AlmightyQuelle question! N’est-ce pas blasphématoire, hérétique que se poser cette question ? Dans nos confessions de foi, ne commence-t-on pas par déclarer: « Je crois en Dieu, le Père tout puissant »… Oui, nous commençons ainsi le credo et nous ne prenons peut-être pas le temps de nous y arrêter. Peut-être parce que c’est une évidence, une vérité de foi, à croire sans discuter. Pourtant, c’est une des plus grandes difficultés de la foi et, pour beaucoup de nos contemporains,  c’est l’objet de doute, d’une impossible contradiction (opposition de l’amour d’un père à la toute-puissance d’un empereur solitaire ou d’erreurs insupportables : « si Dieu était tout-puissant, il ne permettrait pas cela ! »)

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