« Nul ne peut venir à moi si le Père ne l’attire » (Jn 6,44)

eucharistie-1

Lors du précédent numéro du Bulletin, j’avais conclu l’article sur Le Filet dans la Bible par l’évocation de l’attirance mis en œuvre par Dieu le Père pour sauver les hommes. On se souvient que le symbole du filet avait été proposé comme pouvant figurer la parole vivante jetée sur le monde, et que puisque Jésus-Christ lui-même est appelé Logos, Verbe de Dieu, c’est lui le filet dont use son Père pour tenter de nous amener à lui et de nous sauver. Mais en évoquant au passage Jn 6,44 (« Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour »), je m’étais demandé si ce thème de l’attirance des hommes par  Dieu ne devait pas être creusé. Il m’avait semblé en effet que ce thème pourrait représenter une structure positive voulue par Dieu, mais dont nous ignorerions volontiers l’existence et la nature. Que Dieu veuille nous sauver, nous le savons, même si nous ne mesurons sans doute pas toute l’étendue de cette volonté. C’est une donnée de notre foi concernant le Dieu Amour. Mais une deuxième, non moins importante, et qui lui est comme consubstantielle, c’est l’octroi de notre liberté, et cela au nom du même Amour : si l’on aime vraiment, si l’amour est authentique, il accepte de laisser l’autre libre. Telle est à la fois la grandeur et la fragilité de l’amour : il ne donne d’importance à l’aimé que pour autant qu’il le rende libre de refuser cet amour. Et on peut dire que c’est à cette seule condition que notre modernité laïque tolère encore « les religions » : que les dieux de ces religions lui laissent la bride sur le cou et la liberté de le refuser.

L’irruption dans ce schéma d’une attirance divine peut donc sembler déséquilibrer l’image de ce Dieu à la fois si large d’esprit, si équitable, et si paternel, si bienveillant… trop bienveillant, peut-être, pour le but qu’il se fixe, celui de sauver tous les hommes, mais peut-il en aller autrement ? Car un Dieu qui aurait mis en place une stratégie d’attraction de l’humanité en dépit d’elle-même ne serait-il pas suspect de reprendre d’une main ce qu’il a donné de l’autre ? Sa toute-puissance lui permettrait, de fait, d’avoir prévu ce plan « diabolique » : sachant que la faiblesse humaine, laissée à ses seuls moyens, l’entraîne inéluctablement à sa perte, il aurait introduit dans le système de nos relations avec lui un moyen de prévenir notre trop grand besoin d’indépendance et nous protéger contre nous-mêmes… Il se serait rendu attirant au point que nous serions plus tout à fait libres de le refuser… Mais par ailleurs, il ne peut pas ne pas savoir que la liberté dont il nous fait le cadeau insigne n’est appréciable que si elle contient le risque réel de permettre notre malheur. Et nous, accepterions-nous « le don de Dieu » s’il n’était pas un don sans aucune repentance ? Croirions-nous, même, en un Dieu qui ne nous laisserait pas une liberté absolue de l’aimer (de nous sauver) ou de nous perdre ? Que serait-ce que croire, si nous n’étions pas tout à fait libres de le faire ou pas, et qui serait Dieu, sans cette indispensable permission à notre égard ?

Il est bien vrai cependant que pour l’humanité adulte à qui est confié le don de cette liberté, si tant est qu’il pèse (comme don) dans les rapports que nous entretenons avec Dieu, c’est-à-dire que nous apprécions tant que ça le fait que Dieu nous laisse libres, il est bien vrai que cette humanité adulte semble bien plus profiter de la liberté de le refuser plutôt que de celle de le choisir – ou bien est-ce la loupe déformante de notre modernité occidentale ? Et ainsi, pourrions-nous en vouloir tant que cela au Dieu d’amour d’avoir légèrement fait pencher la balance en sa faveur ? Mais trêve de théologie-fiction, regardons un peu ce qu’il en est dans les textes : que peuvent-ils nous dire de cette attraction, de cette attirance en faveur de son fils dont Dieu userait pour sauver l’humanité ? Car c’est bien cela qui se passe, et non pas, comme on pourrait éventuellement le penser de prime abord, une « utilisation » du Fils par le Père pour que l’humanité sauvée puisse aller vers Lui, le Père. Chez Jean, ce qui se passe c’est la mise en œuvre par le Père d’une attirance des hommes au profit de son Fils, afin que celui-ci leur donne la vie : « Celui qui vient à moi n’aura pas faim, celui qui croit en moi n’aura pas soif. » (6,35) Et au v. 37 : « Tous ceux que le Père me donne viendront à moi, et celui qui vient à moi, je ne le rejetterai pas. ». Comment donc le Père s’y prend-il pour que ces hommes-là « viennent » à Jésus ? « Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire. » Il s’agit pour le Père d’attirer les hommes vers son Fils, de les faire venir à lui qui pourra les faire ressusciter. Il s’agit de faire en sorte (malgré leurs résistances ?) qu’ils puissent lui être donnés. Jésus a été envoyé par le Père, et celui-ci a pour tâche que ces hommes, attirés par lui vers Jésus, deviennent les siens.

L’attirance avec laquelle le Père nous entraîne vers son Fils relève d’une théologie en partie spéculative : peu de chose est dit dans la Bible sur cette attraction à laquelle saint Jean surtout fait allusion[1]. Le verbe ἑλκύω (tirer, attirer), avec le Père pour auteur[2], n’est employé qu’en Jn 6,44. En Jn 12,32 c’est Jésus qui dit qu’il attirera à lui tous les hommes[3]. Et en Jn 6,65, Jésus reformule probablement 6,44 : « C’est bien pourquoi je vous ai dit « Personne ne peut venir à moi si cela ne lui est donné par le Père. » Là, l’attirance s’est muée en don. Pour reprendre l’image de la pêche, le Père agit ici un peu comme le courant marin qui fait venir les poissons dans le filet du Christ. C’est le Fils qui se trouve être l’attributaire de la « pêche » divine. « Tous ceux que le Père me donne viendront à moi » (Jn 6,37) et « La volonté de celui qui m’a envoyé c’est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés » (Jn 6,39). Plus loin, en parlant des hommes selon la terminologie pastorale, Jésus dira aussi : « Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles viennent à ma suite. Et moi je leur donne la vie éternelle ; elles ne périront jamais et personne ne pourra les arracher de ma main. Mon Père qui me les a données est plus grand que tout, et nul n’a le pouvoir d’arracher quelque chose de la main du Père. » (Jn 10,27-29)

A présent observons la déclaration de Jésus en Jn 6,44 dans son contexte : il prononce la phrase au cœur d’une discussion avec « les juifs » à la suite du miracle des pains (Jn 6,1-15), elle-même suivie de l’épisode de la marche sur la mer, histoire sans doute pour Jean de dire qui est vraiment celui qui vient d’opérer cette distribution merveilleuse. La discussion démarre parce que Jésus, s’identifiant à la manne de l’AT, leur a déclaré (6,35) : « je suis le pain de vie », et qu’il convient donc de croire en lui afin d’être ressuscité au dernier jour. Mais pour les juifs, on ne saurait être « le fils de Joseph » (6,42) et en même temps se déclarer « descendu du Ciel » (6,38). C’est à ce moment que tombe la phrase de Jn 6,44 : « Cessez de murmurer entre vous ! Nul ne peut venir à moi si le père qui m’a envoyé ne l’attire ». Phrase étrange, car il aurait été plus logique que Jésus dise, non pas « nul ne peut venir à moi si le père qui m’a envoyé ne m’attire, mais « nul ne peut aller au Père si je ne l’attire vers lui, étant son envoyé. » En effet, il s’agissait de convaincre les juifs incrédules de sa mission de médiation divine indispensable, au nom de laquelle il avait déclaré être « le véritable pain du ciel » (6,32). Jésus en fait continue ce qu’il avait commencé à annoncer en 6,37 (« Tous ceux que le Père me donne viendront à moi ») avant que « les juifs » ne prennent ombrage de ses paroles.

Ensuite Jésus cite les prophètes : « « Tous seront instruits par Dieu ». Quiconque a entendu ce qui vient du Père et reçoit son enseignement vient à moi. » Ainsi, si les juifs suspicieux ne s’étaient pas laissé pas obnubiler par les questions d’origine et de généalogie strictement humaine, ils auraient dû constater la parenté entre l’enseignement venant du Dieu d’Israël et celui entendu sur les lèvres de Jésus, qui se dit son envoyé. Ils auraient pu enjamber la difficulté de l’opposition entre la dimension humaine de Jésus et l’origine céleste de ses gestes et paroles, et ainsi donc croire en son envoyé. Ils auraient pu venir (= croire) à lui puisque, ce faisant, ils obéissaient à ce même Dieu. Eu égard aux juifs, le propos est donc polémique : on ne saurait se réclamer du Dieu d’Israël sans passer par la case Jésus. « Nul n’a vu le Père, si ce n’est celui qui vient de Dieu. Le suis le pain de vie. Au désert, vos pères ont mangé la manne et ils sont morts. Tel est le pain qui descend du ciel : celui qui en mangera ne mourra pas. » (Jn 6,46-50)

Eu égard aux chrétiens anti-juifs, l’évangile rappelle qu’il est vain de tenter de séparer Yahvé et Jésus, et de proclamer une foi en Jésus au détriment de celle exprimée en faveur du Seigneur, le Dieu d’Israël. Donc ceux qui viennent au Christ ne peuvent espérer aller à lui s’ils le font parce qu’ils le préféreraient à son Père. Toute tentative pour séparer le Dieu de l’Ancien Testament de celui du Nouveau est condamnée à l’échec. Il faut s’y faire : toute foi, toute proximité avec le Christ est déclarée par le Christ lui-même être l’œuvre du Père, du Dieu qu’il prie comme son Père, du Dieu d’Israël, le même que l’on critiquerait facilement comme étant un Dieu violent, ou rudimentaire, ou sacrificiel. Il faut trouver les moyens de regarder le Dieu d’Israël comme tout à fait impliqué dans notre foi en Jésus, et cela non seulement dans notre affirmation d’unicité entre les deux figures néo et vétérotestamentaire, mais jusque dans les représentations de Dieu que met en place pour le croyant le Premier Testament. Cet effort garantira que c’est bien en Jésus en qui nous avons foi, pas en une idole de notre composition.

Ces précisions étant apportées, il nous reste à tenter d’examiner comment se passe l’attirance (ou l’attraction) que le Père met en place pour faire venir à son Fils les hommes qu’il lui donne. Nous l’avons vu, cette donnée trinitaire appartient à la pensée johannique ; la figure du Fils a pris chez Jean une place inégalée ailleurs. « Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils, afin que ton fils te glorifie et que, selon le pouvoir sur toute chair que tu lui as donné, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés » (17,1-2). Une telle seigneurie est inédite ailleurs dans la Bible, un tel pouvoir grandiose. Mais il suppose celui, encore plus mystérieusement puissant, du Père qui donne, attire, les hommes vers ce Fils de gloire. Peut-on espérer rentrer un peu derrière les coulisses de cette opération ?

On sait que le théologien Karl Rahner a mis en place dans sa construction théologique ce qu’il appelle une anthropologie transcendantale, selon laquelle l’homme possède une structure d’attente de Dieu ou de l’absolu auquel son être aspire : « Dieu est radicalement Celui qui est différent du monde. Mais il en est justement différent de telle manière que cette différence vient à réalité dans l’expérience transcendantale originaire. »[4] Dans cette expérience du « ce-à-partir-de-quoi » où l’homme assume pleinement son être, celui-ci peut faire « l’expérience d’être arraché à lui-même et de se transcender vers le mystère ineffable. »[5] Cette transcendance se comprend comme ce qui, en nous, nous ouvre au mystère absolu, inscrit au plus profond de l’homme comme être spirituel. De par son essence, l’homme est la créature dont la constitution est ouverture potentielle (toujours refusable) vers ce qui le transcende. Quand cette ouverture a lieu, l’homme fait l’expérience de sa finitude et en même temps, corrélativement, de l’infinité vers laquelle il va, et qui, nonobstant sa finitude, est inscrite au plus profond de son être. Mais ce contraste absolu, pour Rahner, n’en est pas moins une unité parfaite, puisque l’homme ne se comprend que comme ouverture à la transcendance infinie. Le « ce-à-partir-de-quoi » l’homme s’ouvre à ce mystère qui le transcende, est en droit aussi transcendantal – en demeurant cependant immanent à sa condition de créature – que le « ce-vers-quoi » il s’ouvre et en quoi consiste sa vocation plénière (sa divinisation). Ces termes s’expliquent d’ailleurs par l’attention que l’auteur porte au langage dont il se sert pour approcher au mieux les réalités visées. Et l’on peut associer ces éléments à ceux que Rahner développe sur le plan de la christologie implicite présente dans la disposition humaine à accepter totalement la vie jusqu’au bout :

« Celui qui, fût-ce encore dans la distance par rapport à toute révélation d’une formulation verbale explicite, assume alors son existence et donc son humanité, en silencieuse patience (mieux, dans la foi, l’espérance et l’amour), qui l’assume comme le mystère qui se cache au mystère de l’amour éternel et porte la vie dans le sein de la mort, celui-là, même s’il ne le sait pas, dit oui au Christ. Car celui qui lâche prise et fait le saut tombe dans la profondeur qui est là, et pas seulement pour autant qu’il l’a lui-même sondée. Qui assume pleinement son être-homme (à plus forte raison naturellement celui de l’autre) celui-là a accueilli le Fils de l’homme parce que, dans Lui, Dieu a accueilli l’homme. »[6]

Ce type de texte possède comme présupposé la condition créationnelle humaine qui lui vient d’une décision divine le précédant et le préparant à son destin de liberté et de vie personnelle. La structure fondamentale d’ouverture à l’absolu et au mystère qui le caractérise, structure voulue par Dieu, constitue donc en lui une orientation transcendantale propre à le faire se tourner vers le Christ, à dire oui au Christ ainsi que Rahner l’expose ici. On pourra donc dire que, à travers cette structure anthropologique fondamentale, Dieu ne fait rien d’autre qu’attirer l’homme vers le Christ, le préparer à l’accueillir même de manière implicite.

Une autre manière d’approcher le mystère de cette attraction que le Père met en œuvre pour donner l’humanité à son Fils, afin que celui-ci la vivifie, peut être trouvée chez Hans Urs von Balthasar, pour qui le thème de l’attraction paternelle de l’homme au profit de son Fils peut se lire dans la missio filiale, l’envoi de la lumière dans le monde (Jean 1,9) qui en illuminant tout homme, les tournent vers cette source de lumière et leur suggère le salut qu’il peut leur donner[7]. L’envoi de cette lumière, celle du Christ, en éclairant le monde, comment n’attirerait-elle pas les hommes à elle ? Nous ne sommes qu’en apparence dans la métaphore, qui de toute manière trouve son origine dans le NT. La lumière du Christ attire non pas seulement par goût de sa clarté, par tropisme diurne (cf. « Dieu vit que la lumière était bonne » Gen 1,4), ou par révélation d’une clarté divine qui dépasserait la nôtre, trop, faible, trop banale ; la lumière du Christ n’est pas non plus une clarté intellectuelle (une clarification), une illumination de l’esprit et du cœur qui se répand sur toutes choses, bien qu’elle soit cela, sans doute aussi. La lumière du Christ – le Christ lui-même[8] – attire parce qu’elle est vie, et feu, chaleur, et, quand on s’en rapproche, brûlure et aveuglement. Elle est une lumière de vie contenant une ténèbre de vie ; elle est mystère. Source de clarté avec le trou noir divin en son centre. Ceci est signifié théologiquement par la double kénose de l’incarnation et de la croix. Le Christ peut nous éclairer de sa lumière parce que celle-ci est devenue visible, elle est entrée dans le rayonnement visible à nos yeux humains et mortels. Et nous possédons en nous un reste de notre origine qui nous attire vers le rayonnement invisible de cette clarté.

Il me semble que ceci se lit dans l’intuition balthasarienne de la figure christique : certes, nous voyons cette figure, le Christ a marché sur la terre, il a senti, rêvé, voulu, aimé ; il possède des traits aisément reconnaissables. Il est bien lumière en ce sens, révélation corporelle et humaine ; il possède les traits de Marie, le tempérament de son peuple galiléen, les inflexions de la pensée sémitique…cependant il demeure comme une figure, un contour, presque une silhouette seulement quant à son être propre, sa liberté et ses déterminations essentielles.

« Dans l’événement de la croix et de la résurrection du Christ transparaît quelque chose qui a la propriété paradoxale d’être et de rester essentiellement et à jamais incompréhensible, et de se manifester cependant dans cette incompréhensibilité même, comme dépassant (a priori) toutes les représentations possibles de Dieu. »[9]

Ce « quelque chose », dont la nature tangentielle ne peut être nommée, correspond forcément à nos limites humaines auxquelles Dieu s’est abaissé, raison pour laquelle nous pouvons voir sa lumière, mais celle-ci nous attire parce que la figure qui transparaît et nous éclaire possède une dimension dont à la fois nous faisons partie, et à la fois nous échappe. Si bien que dans l’Incarnation elle-même, dans ce Fils si lumineux, se loge une attraction à la fois impérieuse et impossible à comprendre : bouleversante.

« Vous tous, habitants du monde, vous qui peuplez la terre, quand on lèvera un signal sur les montagnes, vous verrez, quand on sonnera du cor, vous entendrez. Car ainsi m’a parlé le Seigneur : Je veux rester ici impassible et regarder, comme la chaleur brûlante en pleine lumière, comme un nuage de rosée au plus chaud de la moisson. » (Isaïe 18,3-4)

Yves MILLOU

[1] Les synoptiques font parfois dire à Jésus « Celui qui vient à moi… » (« et écoute mes paroles et les met en pratique », Luc 6,47 ; ou bien « sans haïr sa famille… » Luc 14,26), mais ce tropisme n’est pas référé à une opération du Père qui fait venir les hommes vers son Fils. On peut donc penser très facilement qu’il s’agit d’un mouvement propre de l’homme se convertissant, ou choisissant lui-même de suivre Jésus. A comparer avec Jn 15,16 : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi… »

[2] Les nombreux usages dans la LXX se rattachent à l’idée de retirer des personnes d’un danger (2Sam 22,17) ou bien de traîner ou attirer des animaux (pour les attraper), ou encore pour des guerriers de tirer leur épée…

[3] On trouve cependant chez Jérémie (31,3) cette déclaration de Dieu : « De loin, le Seigneur m’est apparu: Je t’aime d’un amour d’éternité, aussi, c’est par amitié que je t’attire à moi. » Mais la traduction citée (TOB) peut aussi se formuler « Je prolonge ma fidélité envers toi », qui ne fait pas intervenir l’idée d’attirer.

[4] Karl Rahner, Traité Fondamental de la Foi, Centurion, 1983, p. 79.

[5] Idem, p. 75.

[6] Idem, p. 257-58.

[7] « Tant que vous avez la lumière, croyez en la lumière » (Jean 12,36)

[8] « Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde » (Jn 9,5)

[9] Hans Urs von Balthasar, Skizzen zur Theologie III, J. Verlag, Einsiedeln, 1967, 63-66, traduit dans Les grands textes sur le Christ, Paris, Desclées (Doré éd.), 1991, p.123.

Repenser l’évangélisation

Les chrétiens sont appelés à reconnaître qu’être disciple du Christ, c’est aussi être missionnaires; mais, en pratique,… qu’est-ce que cela veut dire ? Il est grand temps de distinguer l’annonce – ou plutôt le partage – de la Bonne Nouvelle avec le recrutement de nouveaux adhérents comme cela se fait dans des associations ou des partis politiques ; ou encore, avec les dénombrements de participations aux offices liturgiques qui sont relativement aisés à établir mais dont on peut discuter la pertinence en terme d’indicateur d’appartenance ecclésiale et/ou de vie chrétienne. Il est temps surtout de repenser le pourquoi, le contenu et les modalités de l’évangélisation. C’est à cette réflexion que je souhaite contribuer par la recension de l’article du P. André Fossion intitulé « Repenser l’évangélisation », récemment publié.[1] Le P. Fossion, jésuite, fut enseignant au Centre international Lumen Vitae (Namur) avant d’en être le Directeur de 1992 à 2002. Sa vie d’enseignant-chercheur fut centrée sur la théologie pratique et plus particulièrement la catéchétique, solidement fondée sur la conjugaison des  sciences contemporaines du langage avec une théologie fondamentale.

Après avoir mis en exergue une citation de Paul VI : « …les hommes pourront se sauver aussi par d’autres chemins, grâce à la miséricorde de Dieu, même si nous ne leur annonçons pas l’Evangile. »[2], l’auteur affirme que l’Église « est le signe, dans l’histoire, de l’humanité appelée, rassemblée et sauvée, avec la création tout entière, à la fin des temps, dans le Royaume à venir » (p 583). Il n’y a pas de contradiction entre ces deux propositions. En effet, nous sommes loin de l’interprétation étroite de l’adage « hors de l’Église, pas de salut » qui, au temps des colons et d’une certaine théologie,  conduisait des missionnaires à baptiser en masse pour « sauver des âmes ».

On se rappelle que Dieu nous a donné son Fils qui s’est lui-même offert « pour la multitude » ; on relit Paul qui écrit que « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. » (1Tm 2,4), et on admet que ceux qui n’appartiennent pas à l’Église « pourront être sauvés parce qu’ils font partie intégrante de l’humanité qui sera sauvée » [3] Les Pères de Vatican II précisèrent : « ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l’Evangile du Christ et son Eglise….s’efforcent d’accomplir dans leurs actes sa volonté qu’ils connaissent par les injonctions de leur conscience…eux aussi peuvent obtenir le salut éternel. »[4] Alors, « pourquoi évangéliser lorsque l’on sait que les hommes pourront être sauvés, même si nous l’annonçons pas l’Évangile ?

D’abord, n’oublions pas que Jésus lui-même disait : « c’est pour annoncer la bonne nouvelle du Règne de Dieu que j’ai été envoyé » (Lc 4, 43). Et, si dilemme il y avait, il serait résolu par les Pères conciliaires qui précisent : « Bien que Dieu puisse, par des voies connues de lui, amener à la foi sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu (He 11, 6), des hommes qui, sans faute de leur part, ignorent l’Évangile, la nécessité incombe cependant à l’Église (cf. 1 Co 9, 16) – et en même temps elle en a le droit sacré – d’évangéliser, et par conséquent son activité missionnaire garde, aujourd’hui comme toujours, toute sa force et sa nécessité. »[5] Paul VI, après son affirmation sur l’extension à tous les hommes du salut en Jésus-Christ « même si nous ne leur annonçons pas l’Evangile », poursuivait en inversant l’interrogation: « Mais nous, pouvons-nous nous sauver si (…) nous omettons d’annoncer l’Evangile? »[6] Précisons le sens qu’il faut donner au mot « salut » dans la foi chrétienne : il s’agit de la vie en abondance, la vie que Dieu nous donne, et in fine la participation à sa vie trinitaire. Nous devons concourir à ce « parcours » qui n’est pas un auto-accomplissement, qui ne se mérite pas, qui est un don gracieux de Dieu bien au-delà de ce que nous pouvons espérer… mais qui, pourtant, demande notre participation : il nous faut accueillir.

Ce salut déborde des réalités ecclésiales. Le salut du monde est déjà en marche indépendamment de l’annonce évangélique. La création tout entière, habitée par l’esprit, est toujours en gestation : « elle attend, écrit Saint-Paul avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu. » (Rom 8,18-25) A. Fossion ajoute: « …depuis l’aube de la création, tout être humain, qu’il le sache ou non, est l’objet, selon le dessein de Dieu, d’une promesse de salut plus originelle que le péché du même nom », et commente : « Ainsi la promesse de salut fait partie intégrante de la grâce de la création elle-même. L’appartenance à la foi chrétienne ne se présente ici nullement comme un chemin obligé pour en être bénéficiaire. Grâce à Dieu il n’y aura pas que des chrétiens dans le royaume de Dieu à venir. » (p 586).

A cette affirmation, je serais tenté d’ouvrir une dimension de réflexion supplémentaire : « la création tout entière » ne se limitant pas au genre humain qu’elle l’englobe, y aurait-il, pour « la création tout entière » un accomplissement dans le royaume de Dieu ? Jean, dans sa révélation, entendit « celui qui siège sur le trône » dire : « Voici, je fais toutes choses nouvelles» (Ap 21, 5). La « Jérusalem céleste », la « Cité de Dieu » ne concernent peut-être pas uniquement ses habitants …[7] Mais revenons à l’humanité et aux moyens de salut de l’Église. Il faut préciser que, si « Dieu a lié le salut au sacrement du baptême, il n’est pas lui-même lié à ses sacrements. »[8]  A. Fossion conclut : « Grâce à Dieu le salut circule librement » (p 587). Qui serions-nous si nous pensions pouvoir empêcher Dieu d’agir?

Que faut-il, s’interroge alors l’auteur, pour que « cette dynamique du salut se mette en branle dans la chair du monde, indépendamment de l’annonce évangélique ? » (p. 587) Dans la dynamique du salut il faut distinguer la part de Dieu et la part de l’homme. La part de Dieu est fondamentale et première: on est sauvé par grâce. Si « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4), cela signifie aussi que « les bons et les méchants » indistinctement, sont invités à la noce. (Mt 22, 10) Pour autant cela ne signifie pas que les hommes sont sauvés contre leur gré. La part de l’homme ne consiste pas à accumuler les mérites mais à accueillir le don de Dieu, à répondre à son amour, à entrer (ou au moins désirer entrer) dans l’esprit des béatitudes.

Cette dynamique n’est pas réservée aux chrétiens. « Le chemin des béatitudes, en effet, concerne tous les êtres humains sans distinction. Heureux êtes-vous, nous disent-elles, vous tous et toutes de toutes races langue, culture, conviction et religion, qui êtes – ou qui désirez être – pauvres de cœur, miséricordieux, doux, artisan de paix, assoiffé de justice, le Royaume des cieux est à vous ! » (p.587-8) L’auteur conclut : « Ainsi, depuis toujours et sous toutes les latitudes, la grâce de Dieu et la disposition de l’être humain à vivre, à l’écoute de sa conscience, dans l’esprit de béatitude sont-elles  ce qui opère l’engendrement à la vie de Dieu jusqu’au don de la vie éternelle. La pratique des béatitudes est, en ce sens, la voix commune, unique et suffisante pour trouver accès au salut que Dieu donne. »

Mais on pourrait se demander si l’écoute de la conscience dépasse le discernement moral et son obéissance ; ne faut-il pas que la pratique des Béatitudes inclue la foi en leur source et en leur révélation divines? N’est-ce pas ce qu’énonce la dernière des Béatitudes évoquant les persécutions « à cause de moi » ? Jésus dit aussi : « celui qui croit (en moi) a la vie éternelle » (Jn 6,47)[9] « Alors, si la pratique des Béatitudes suffit pour être engendré à la vie de Dieu, si l’appartenance à l’Eglise n’est pas une condition obligée pour bénéficier du salut, pourquoi faudrait-il encore annoncer l’Évangile ? »

« On n’annonce pas l’Évangile pour que le monde soit sauvé mais parce qu’il est sauvé » répond A. Fossion… et cette annonce met en joie : Evangelii gaudium! C’est par l’amour du Christ qui est en nous et pour répondre à cet amour que nous sommes poussés à annoncer à tous les hommes cette bonne nouvelle. Cette annonce se présente elle-même comme un acte de charité qui ouvre l’autre à la reconnaissance joyeuse de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ et offre une communion nouvelle en son nom. C’est de cette dynamique dont témoigne la première lettre de Jean : « Ce que nous avons vu et entendu du Verbe de vie, nous vous l’annonçons afin que vous soyez en communion avec nous. Et notre communion est communion avec le Père avec son Fils Jésus-Christ et nous vous annonçons cela pour que notre (votre) joie soit complète. » (1Jn 1,3-4) La création à laquelle se trouve attachée une promesse de salut est une première grâce. L’annonce et la reconnaissance explicite du salut accompli en Jésus-Christ est une grâce supplémentaire. « Et si l’annonce de l’Évangile n’est pas nécessaire pour le salut, elle est déterminante pour la vie, radicalement précieuse et salutaire pour ce qu’elle permet de reconnaître, de vivre, de célébrer et de désirer, dans la joie. » (p. 589)

L’auteur nous invite ensuite à repenser le processus d’évangélisation et distingue schématiquement quatre temps. D’abord, reconnaître dans la société les figures du salut en marche et s’en laisser instruire. Il s’appuie sur le messager qui dit aux femmes venues au tombeau : « il vous précède en Galilée, c’est là que vous le verrez » (Mt 28,7) L’Église doit « abandonner la prétention de détenir les clés qui, seules, ouvrent la porte du salut, et se laisser d’abord évangéliser en reconnaissant que le salut est à l’œuvre en elle, avant elle, et en dehors d’elle. » (p 590) De même que Jésus savait reconnaître autour de lui le salut déjà en marche[10], de même les disciples doivent savoir, ou apprendre à reconnaître, là où ils sont, là où ils vont, le salut déjà-là. L’enjeu est de se laisser évangéliser par les figures d’évangile déjà disséminées dans le monde, ce qui nécessite une attitude bienveillante envers le monde et nos proches car, en tous les hommes de bonne volonté, c’est l’Esprit-Saint qui agit et tous devons l’y reconnaître et nous laisser évangéliser.

Ayant reconnu la dynamique de salut déjà à l’œuvre dans le monde, les chrétiens, dans la foi, se découvrent ordonnés en premier lieu à la charité comme une fin en soi, sans prosélytisme ni ecclésiocentrisme. Toutefois, la charité n’est pas le monopole de l’Eglise sauf à considérer que tout humain qui agit selon les exigences de sa conscience est « ordonné de diverses façons, au Peuple de Dieu » (Lumen Gentium 16). Peuple sans frontières, apprenant à reconnaître que là où est l’amour, Dieu aussi est présent, les chrétiens doivent contribuer avec tous les hommes de bonne volonté à lutter contre ce qui défigure l’homme et à promouvoir les valeurs évangéliques dans la société (…) pour participer à l’émergence du Royaume déjà-là, à l’engendrement,[11] à la vie que Dieu donne. « Cet engagement de charité au cœur du monde l’humanise selon le dessein de Dieu. Il est une fin en soi » écrit le P. Fossion, ce qui n’est pas sans rappeler son compagnon, le P. Varillon qui aimait à dire : » Dieu divinise ce que l’homme humanise ».

Nous sommes dans la droite ligne de l’ouverture au monde préconisée par la constitution Gaudium et Spes, et l’on peut citer aussi Paul VI qui écrivait : « L’Église doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit. L’Église se fait parole ; l’Église se fait message ; l’Église se fait conversation »[12]. « Mais, encore faut-il que la communauté chrétienne, dans son fonctionnement et ses institutions mêmes, soit effectivement dans le monde et pour le monde une figure d’évangile », (p.592) Cette exigence que rappelle A. Fossion vaut en tous temps mais particulièrement quand le monde découvre les abus de tous genres que l’institution a permis sinon engendrés. En ce sens, la crédibilité de l’Église repose sur la réelle qualité des relations qu’elle promeut (égale dignité de ses membres, avec tout ce que cela implique de participation et de synodalité) et la justesse de l’exercice du pouvoir en son sein (ordonné à l’épanouissement de tous et de toutes au travers de l’exercice réel du service et non d’une autorité accaparée). L’annonce de l’Evangile se greffe donc sur la pratique de la charité qui doit la précéder. « Si je n’ai pas la charité, dit Paul, je ne suis qu’une cymbale retentissante (1 Cor 13, 1). On pourrait dire que « l’idéal de l’Eglise est d’être un corps de charité, qui parle de la charité, avec charité. »

Ainsi articulée à l’exercice de la charité, l’annonce évangélique se décline en deux prédications : la prédication de Jésus et la prédication sur Jésus. La première est toute entière centrée sur les Béatitudes, sur le royaume et sur la révélation d’un Dieu père. La prédication sur Jésus lui-même, sur son œuvre et sur son identité est la prédication kérygmatique faisant état de sa vie, ses œuvres et ses paroles, révélant l’amour de Dieu pour les hommes jusqu’au sacrifice de sa vie qui prend toute sa dimension divine dans la résurrection. Cette prédication doit se faire dans le respect des personnes, avec la charité des mots, en étant « toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en nous, mais  avec douceur et respect. » (1P 3, 15-16). Il s’agit de prendre les personnes où elles sont, de ne pas les forcer mais respecter leur rythme et surtout leur conscience[13].

S’agissant de rendre raison de la grâce de Dieu, le processus d’énonciation doit lui-même être gracieux ; et l’auteur décline tous les sens du terme: gratuit, sans rien demander ni attendre en retour ; exprimant à Dieu une gratitude, une reconnaissance (de nous avoir choisi pour servir en sa présence); témoignant d’un esprit de pardon, qui « gracie » ; gracieux aussi comme est agréable un moment de plaisir, de bonheur ; gracieux comme lié à l’esthétique, la beauté; gracile comme ce qui est fragile, non-violent; doux. Ce style gracieux de la proposition de foi exprime la grâce de Dieu et la charité des mots. (p. 594)

Puis l’auteur distingue schématiquement six formes de l’annonce :

– La forme charismatique qui proclame la foi chrétienne de manière brève, intelligente et chaleureuse tout à la fois ;

– La forme narrative et testimoniale ou le témoin fait le récit de sa vie pour justifier ses raisons de croire ;

– La forme expositive comme dans un ouvrage de théologie ou un catéchisme, qui fournit à ses lecteurs les éléments réfléchis qui autorisent l’acte de foi ;

– La forme dialogique (ou apologétique) qui s’efforce, dans le cadre d’un débat argumenté, de rendre compte de la foi ;

– La forme liturgique car pour beaucoup de personnes la liturgie des chrétiens tient souvent le rôle d’une première annonce ;

– enfin la forme culturelle qui fait valoir dans le champ culturel lui-même la mémoire du christianisme, les traces de son histoire son patrimoine artistique, ses valeurs éthiques, son trésor de spiritualité, sa réflexion philosophique et théologique.

En conclusion, l’auteur insiste sur le caractère communautaire et existentiel de l’initiation chrétienne. « Il est nécessaire », déclare-t-il « que les communautés chrétiennes mettent en place un dispositif qui permettent d’accompagner ceux et celles qui se laisse toucher par le message évangélique », et ce dans la durée car devenir chrétien…prend du temps! En effet, l’initiation chrétienne ne commence pas par l’enseignement des vérités de la foi, mais par l’ouverture d’un espace de fraternité et d’hospitalité mutuelle. Cet espace ouvre ensuite un partage amical autour des Évangiles et du Credo en lien avec les expériences de vie et les questions qu’elle pose. Ce dispositif initiatique offre des expériences de vie communautaire de célébration et de prière, de service et de partage, qui donnent à penser et à désirer. « C’est le principe traditionnel de la mystagogie : on vit une expérience et l’expérience invite à la réflexion ; elle devient le point de départ d’un apprentissage ». La mise en place de ce dispositif initiatique engage les communautés locales sur un chemin où elles sont elle-même évangélisées et  évangélisantes, catéchisées et catéchisantes.

Bernard PAILLOT

[1] A. Fossion, Repenser l’évangélisation, Nouvelle Revue Théologique, t. 141 n° 4 oct.-déc. 2019, pp. 583-596.

[2] Paul VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi sur l’évangélisation du monde moderne (80), 1975. http://w2.vatican.va/content/paul-vi/fr/apost_exhortations/documents/hf_p-vi_exh_19751208_evangelii-nuntiandi.html, consultation le 11/11/2019. Ne buttons pas sur cette expression du salut à la forme active : dans les lignes précédentes, Paul VI écrivait : « Dieu peut accomplir (le salut)  en qui Il veut par des voies extraordinaires que lui seul connaît. »

[3] H. de Lubac, Catholicisme, Cerf, 1938, p. 194

[4] Lumen Gentium 16

[5] Ad Gentes 7

[6] Evangelii nuntiandi n° 80

[7] Il existe de nombreuses références scripturaires qui peuvent l’évoquer mais leur interprétation et, par conséquent, leur utilisation nécessite de prendre en compte leur contexte culturel pour éviter l’anachronisme d’une rétro-projection de nos concepts. Cette approche fera l’objet d’un autre article. Les lecteurs qui voudraient emprunter cette piste pourront, sans risque, prendre appui sur l’encyclique Laudato si, en particulier les n° 77, 83, 99 et 299.

[8] CEC 1257 qui reprend Tomas d’Aquin  ST III, q.64, a.7,c.

[9] L’énonciation de la dynamique de l’offre universelle du salut et, conjointement, son accomplissement en Jésus-Christ ne fondent pas seulement l’élan missionnaire mais conduisent aussi à considérer une révélation divine dans les religions non chrétiennes. C’est le domaine de la théologie chrétienne du pluralisme religieux.

[10] cf. : « va, ta foi t’a sauvé » (Mc 10,52); « tu n’es pas loin du royaume » (Mc 12,34).

[11] Cf. Ph. Bacq et Ch. Théobald directeurs, Une nouvelle chance pour l’Evangile, Vers une pastorale d’engendrement, coll. Théologies pratiques,  éd. de l’Atelier, Paris, 2008.

[12] Paul VI Encyclique Ecclesial suam n°67, 6/08/1964, http://w2.vatican.va/content/paul-vi/fr/encyclicals/documents/hf_p-vi_enc_06081964_ecclesiam.html, consultation le 11/11/2019

[13] Cf. Paul VI Egangelii nuntiandi (08/12/1975) n° 79 http://w2.vatican.va/content/paul-vi/fr/apost_exhortations/documents/hf_p-vi_exh_19751208_evangelii-nuntiandi.html, consultation le 11/11/2019

« Lancez le filet à droite de la Barque! » Le filet dans la Bible

Filet

« Jetez le filet à droite de la barque ! » – Le filet dans la Bible

Le filet dans l’Ancien Testament est essentiellement un moyen de capture. Que ce soit celui de l’oiseleur, celui du chasseur, ou encore celui du pêcheur, ils servent tous à emprisonner dans un réseau solide une proie qui s’est laissée prendre à l’intérieur, ou bien qui s’abat sur elle pour l’empêcher de se libérer. Continuer à lire … « « Lancez le filet à droite de la Barque! » Le filet dans la Bible »

Christus vivit

Une Église ouverte aux jeunes et à leurs questions

Christus vivit, tel est le titre – « Christ est vivant[1] », en latin – de l’exhortation apostolique, datée du 25 mars 2019, publiée par le pape François à la suite du synode qui s’est déroulé à Rome du 3 au 28 octobre 2018 : « Les jeunes, la foi et le discernement des vocations ». La présence récurrente dans le texte des mots « vie », « vivant », « vivre » témoigne qu’il s’agit là avant tout d’une exhortation à une vie en plénitude, menée à la suite du Christ.

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« Qu’aurait fait Jésus dans cette situation? »

C’est la question que semblait opposer une des auditrices à la conférencière lors de cette matinée de l’Ecole des Disciples Missionnaires, lorsque celle-ci eut fini de présenter le difficile cheminement moral de la prise de décision. Continuer à lire … « « Qu’aurait fait Jésus dans cette situation? » »

« Qu’il prenne sa croix… » (Marc 8,34)

porter sa croixEn ce temps de Pâques, la méditation biblique que je vous propose est inspirée par l’injonction que l’on trouve en Marc 8,34 (Traduction TOB):

« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix, et qu’il me suive. » Continuer à lire … « « Qu’il prenne sa croix… » (Marc 8,34) »

Norman C. Tobias, La conscience juive de l’Eglise, Jules Isaac et le concile Vatican II

Norman Tobias(traduit de l’américain par John E. Jackson)  Biographie  2018  Ed. Salvator

Nous avons tous (ou presque…) entendu parler du manuel d’histoire pour les lycées, « le Malet-Isaac » et donc le nom de Jules Isaac nous est familier même si nous ignorions la personne qui se cachait derrière ce nom. Cependant, le livre de Norman C. Tobias : La conscience juive de l’Eglise, Jules Isaac et le Concile Vatican II (en anglais : Jewish Conscience of the Church, Jules Isaac and the second Vatican council) n’est pas centré sur cette notoriété d’historien scolaire, mais sur le rôle qu’il a joué dans la réforme de l’enseignement de l’Eglise catholique concernant les juifs et je judaïsme. Il est à présent reconnu que Jules Isaac fut l’influence déterminante derrière le quatrième paragraphe de la déclaration conciliaire Nostra Aetate de 1965[1] qui présente la position officielle de l’Eglise catholique concernant ses rapports avec les grandes religions du monde. Continuer à lire … « Norman C. Tobias, La conscience juive de l’Eglise, Jules Isaac et le concile Vatican II »