« En tout semblable excepté le péché »

Lorsqu’on évoque l’humanité de Jésus, cette expression « semblable en tout excepté le péché » vient sous la plume pour compléter ou confirmer la description de cette humanité authentique, véritablement incarnée du Verbe fait chair. On affirme d’abord la similitude à la nôtre de la nature humaine du Seigneur Jésus-Christ : « en tout semblable », et on ajoute, pour sauvegarder sa singularité : « excepté le péché », comme un codicille ou un rappel du dogme afin que la description soit conforme à ce dernier. Par exemple, Jean-Paul II fait référence à cet élément doctrinal dans l’extrait suivant : « Le Christ voulait être un véritable rejeton (cf. Is 11,1) de la souche qu’il venait sauver. Il voulait que la rédemption jaillisse pour ainsi dire de l’intérieur de l’humanité, comme quelque chose d’elle-même. Le Christ voulait secourir l’homme, non comme un étranger, mais comme un frère, en se faisant en tout semblable à lui excepté le péché (cf. He 4,15) »[1] A l’origine, de fait, cette affirmation vient de la lettre aux Hébreux[2] ; elle se réfère à ce que Jésus aurait, tout comme nous, été tenté, mais sans succomber, qu’il aurait éprouvé cette tentation et en serait sorti vainqueur. Grâce à cela, il se fait notre défenseur et notre guide ; nous pouvons regarder vers lui comme le modèle et moyen de notre propre sanctification. Continuer à lire … « « En tout semblable excepté le péché » »

La prison dans la Bible

Yves Millou

Toute la Bible vibre des chants de libération, en l’honneur de ce Dieu qui fait réchapper son peuple de l’esclavage, qui le sauve de la servitude, qui le ramène de la captivité, et le fait sortir de ses prisons…De combien de fers Israël n’a-t-il pas été libéré, après s’être fait prendre, autant par ses adversaires que par lui-même, son propre ennemi ? Qu’elles sont profondes, les fosses d’où il a crié vers son Dieu, et épais les murs des cachots où ne pénétrait plus la lumière. Qu’elles furent longues, ces années de misère où les chefs de corvées les meurtrissaient, lointaines les rives du fleuve où la mémoire de Sion transformait tout en une longue plainte d’exil. Ce thème de la prison ressemble bien à la condition historique d’Israël, condition de péché, d’enfermement, de bannissement. Et puis, d’espérance de liberté retrouvée.

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Un gérant habile ou un intendant malhonnête?

Michel Lemasson [1]

Puis Jésus dit à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui fut accusé devant lui de dilapider ses biens.  2Il le fit appeler et lui dit : “Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends les comptes de ta gestion, car désormais tu ne pourras plus gérer mes affaires.” 3 Le gérant se dit alors en lui-même : “Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gérance ? Bêcher ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’en ai honte. 4 Je sais ce que je vais faire pour qu’une fois écarté de la gérance, il y ait des gens qui m’accueillent chez eux.” 5 Il fit venir alors un par un les débiteurs de son maître et il dit au premier : “Combien dois-tu à mon maître ?” 6 Celui-ci répondit : “Cent jarres d’huile.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu, vite, assieds-toi et écris cinquante.” 7 Il dit ensuite à un autre : “Et toi, combien dois-tu ?” Celui-ci répondit : “Cent sacs de blé.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu et écris quatre-vingts.” 8 Et le maître fit l’éloge du gérant trompeur, parce qu’il avait agi avec habileté. En effet, ceux qui appartiennent à ce monde sont plus habiles vis-à-vis de leurs semblables que ceux qui appartiennent à la lumière. (Luc 16,1-8)

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Après Jésus, l’Invention du Christianisme

Sous la direction de Roselyne Dupont-Roc et Antoine Guggenheim, Albin Michel, octobre 2020, 720 pages

(Abréviation : J-E pour Jésus l’Encyclopédie)

Henri Couturier

Comment présenter cette impressionnante « somme », qui fait suite à Jésus l’Encyclopédie, paru il y a trois ans en 2017 chez le même éditeur ? On peut commencer par la Préface que signe Mgr Joseph Doré qui fut l’un des initiateurs de ce premier livre. Mais on pourrait aussi y entrer par la Postface de Marcel Gauchet. Avec le titre : « Une histoire qui n’aurait jamais dû avoir lieu », le philosophe souligne ce qui ne devrait cesser de nous étonner : comment « la brève et obscure prédication d’un prophète juif…l’exécution d’un agitateur religieux dans la miséreuse Palestine… » ont-ils pu « devenir le point de départ d’une religion nouvelle et universelle ? ». Répondre à ces « interrogations aussi essentielles qu’abyssales », tel est le projet et l’originalité de ce grand travail et de ce beau volume.

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Le canon du Nouveau Testament

François Quillet

J’ai la joie de contribuer pour la première fois au bulletin théologique de l’INSR de Rouen, nos deux lieux de formation étant désormais appelés à collaborer étroitement ; après avoir commencé par donner des éléments de précisions autour du terme de « canon », je vous proposerai une rapide rétrospective historique de la phase finale de mise en place du canon du Nouveau Testament dans l’Église, ce qui me permettra en finale quelques éléments de réflexion.[1]

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Le Dieu plongeur

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Céramique polychrome de Dzibanché (Musée national d’anthropologie de Mexico)

La méditation biblique du dimanche 29 mars dans le Prions en Eglise, proposée par Marie-Laure Durand, se base sur la première lecture tirée du prophète Ezékiel, chap. 37, où le prophète promet au peuple d’ouvrir ses tombeaux et les faire revenir vivre et se reposer sur la terre d’Israël. « Vous saurez que le suis le Seigneur », dit-il, « quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter. Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez. » Or la bibliste intitule sa méditation « Plongeur sauveteur », ce qui me plonge moi aussi dans une réflexion que je vous livre également. Continuer à lire … « Le Dieu plongeur »

« Nul ne peut venir à moi si le Père ne l’attire » (Jn 6,44)

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Lors du précédent numéro du Bulletin, j’avais conclu l’article sur Le Filet dans la Bible par l’évocation de l’attirance mis en œuvre par Dieu le Père pour sauver les hommes. On se souvient que le symbole du filet avait été proposé comme pouvant figurer la parole vivante jetée sur le monde, et que puisque Jésus-Christ lui-même est appelé Logos, Verbe de Dieu, c’est lui le filet dont use son Père pour tenter de nous amener à lui et de nous sauver. Mais en évoquant au passage Jn 6,44 (« Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour »), je m’étais demandé si ce thème de l’attirance des hommes par  Dieu ne devait pas être creusé. Il m’avait semblé en effet que ce thème pourrait représenter une structure positive voulue par Dieu, mais dont nous ignorerions volontiers l’existence et la nature. Que Dieu veuille nous sauver, nous le savons, même si nous ne mesurons sans doute pas toute l’étendue de cette volonté. C’est une donnée de notre foi concernant le Dieu Amour. Mais une deuxième, non moins importante, et qui lui est comme consubstantielle, c’est l’octroi de notre liberté, et cela au nom du même Amour : si l’on aime vraiment, si l’amour est authentique, il accepte de laisser l’autre libre. Telle est à la fois la grandeur et la fragilité de l’amour : il ne donne d’importance à l’aimé que pour autant qu’il le rende libre de refuser cet amour. Et on peut dire que c’est à cette seule condition que notre modernité laïque tolère encore « les religions » : que les dieux de ces religions lui laissent la bride sur le cou et la liberté de le refuser. Continuer à lire … « « Nul ne peut venir à moi si le Père ne l’attire » (Jn 6,44) »

« L’heure où le Fils de l’homme viendra » (Luc 12, 39-48)

Jesus_frappe_a_la_porte« Tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

C’est bien le problème : on ne connaît pas l’heure où le Fils de l’homme viendra ! Nous sommes effectivement tout comme celui qui ne sait pas quand le voleur s’introduira chez lui et, pire encore, quand la mort nous prendra… et que le jugement sera définitif. Et ce jour sera celui d’un jugement puisque Luc nous rapporte que, le maître arrivant, l’intendant sera ou bien « établi sur tous les biens » ou bien « assigné à partager le sort des infidèles » selon qu’il aura bien ou mal traité les serviteurs. Continuer à lire … « « L’heure où le Fils de l’homme viendra » (Luc 12, 39-48) »

« Lancez le filet à droite de la Barque! » Le filet dans la Bible

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« Jetez le filet à droite de la barque ! » – Le filet dans la Bible

Le filet dans l’Ancien Testament est essentiellement un moyen de capture. Que ce soit celui de l’oiseleur, celui du chasseur, ou encore celui du pêcheur, ils servent tous à emprisonner dans un réseau solide une proie qui s’est laissée prendre à l’intérieur, ou bien qui s’abat sur elle pour l’empêcher de se libérer.

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Reconnaître le Seigneur à la fraction du pain. Une exégèse de Marc 6,31-8,26

L’idée de cette contribution aux « Mélanges » offerts au Père Jean-Baptiste Sèbe vient de notre pèlerinage commun en Terre Sainte avec le groupe des étudiants-jeunes professionnels du diocèse, entre le 31 juillet et le 10 août 2018. Continuer à lire … « Reconnaître le Seigneur à la fraction du pain. Une exégèse de Marc 6,31-8,26 »