« Tout est accompli » par F. Meyronnis, V. Retz, Y. Haenel

Tout est accompli« Tout est accompli » (Grasset 2019)

Auteurs : François Meyronnis, Valentin Retz et Yannick Haenel, de la Revue Ligne de Risque.

 « Etonnant silence médiatique sur un livre de métaphysique, articulant les questions de notre actualité babillarde alimentant la sourde révolte des peuples à l’histoire scientifique et politique des Temps modernes, à la philosophie, à l’exégèse biblique, à la pensée juive et à la littérature » : (Chronique de Cécile Guilbert dans La Croix du 19 juin 2109, dernière page).

Les auteurs de la Revue « Ligne de Risque », fondée en 1997, ont pour objectif de penser le néant, notion évacuée par la métaphysique de Platon, et de rendre possible une pensée qui ferait exploser les principes d’identité et de non-contradiction. Il s’agit de rendre possible un nouveau commencement en le laissant émettre des signes depuis toutes les Traditions. Ils font le pari qu’il est possible de lire ENSEMBLE les textes les plus différents de la pensée grecque, chinoise, le Véda et l’œuvre de Martin Heidegger, sans pour autant tomber dans le syncrétisme.

La « littérature » a une vocation messianique : elle réside dans le déploiement de la parole qui parle. La vérité attend son dévoilement à chaque instant. Ce secret, elle ne cesse de le révéler d’une manière plus criante et plus nécessaire à une époque apocalyptique comme la nôtre où l’abîme s’ouvre de tous côtés. Le Messie, c’est la parole elle-même : l’histoire de son auto-déchiffrement par le sacré.

Devant le constat d’effondrement de la littérature dont l’écrivain Michel Houellebecq est l’archétype, entièrement habité par un projet démoniaque d’extermination de la Parole, les écrivains de la Revue Ligne de Risque se veulent être « le reste », la part qui demeure après le sacrifice qui permet de rejeter « le résidu ». Une expérience de type mystique redeviendrait possible, de l’ordre de la Voix de fin silence entendue par le prophète Elie en 1 R19, 11-13, selon l’oxymore hébreu : « un bruit de silence ». La vocation de la littérature serait de traverser la mort pour faire de sa propre existence un espace de disponibilité à la manifestation de l’être.

En découvrant ce livre à l’invitation du Journal La Croix m’est venue l’interrogation suivante : Comment affirmer et défendre notre irremplaçabilité et ne pas faire partie de ceux qui ne valent rien ? Comment ne pas nous laisser voler la parole ? Reste à nous confier à la parole de Jésus en Mt 10, 20 : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ».

Les auteurs constatent un effondrement de la parole et du réel dans un monde de plus en plus dominé par le virtuel, instauré par la technologie cybernétique. La littérature même, les institutions, dont les Traditions au cours des âges ont assuré le fondement, l’histoire même, ne sont plus événement ni ne transmettent un parole vivante. L’illusion s’impose à la réalité. Une crise d’identité nous assaille et nous pousse à la révolte, au ressentiment : nous nous sentons expropriés de nous-mêmes. Le mal étouffe la parole créatrice divine et tue l’homme créé à l’image divine. Le « temps des païens » qui nous sépare de l’avènement du Royaume, c’est l’Avent des chrétiens. Ce temps apocalyptique n’est cependant pas inéluctablement un temps catastrophique.  Il existe une force qui ajourne ce terme, différant notre engloutissement dans le chaos. Cette force c’est le « katechon »- littéralement « ce qui retient »- de Saint Paul dans la Deuxième lettre aux Thessaloniciens (2 Th 2, 6).

Sans doute alors nous faut-il accueillir le Messie qui vient restaurer l’homme « selon l’image » tel que nous invite Saint Athanase à faire vivre dans les traces de Celui qui est « l’image de Dieu » (ndlr). Car il existe en l’homme une capacité de résister, de retenir cet effondrement pour retrouver en lui-même son être véritable. La parole doit s’incarner, devenir Voix de fin silence, comme la Parole divine qui s’est révélé au prophète Elie, et non plus se déliter dans le verbiage d’une communication désincarnée. Cette incarnation de la parole « faite chair » passe par une kénose, une désappropriation qui crée en nous un vide, une faille permettant à la Parole de prendre vie en nous afin de nous retrouver en nous-mêmes, en vérité. C’est la parole de la Croix dont parle Saint Paul, parole qui traverse la mort et nous fait accéder à la Résurrection, dans une perspective eschatologique. « Heureuse, celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » (Lc 1, 45). Paroles qui trouvent leur raison d’être dans la dernière phrase du Christ : « Tout est accompli ».

François GRIFFATON

 

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