L’Eglise catholique face aux abus sexuels sur mineurs

L-Eglise_catholique_face_aux_abusMarie-Jo Thiel, l’Église catholique face aux abus sexuels sur mineurs, Bayard 2019, 717 p., 25 €

L’auteure, médecin ayant eu une pratique clinique, est Professeure d’éthique à la faculté de théologie de Strasbourg, Directrice du Centre Européen d’Etude et de Recherche en Ethique (CEERE), Présidente de l’Association européenne de théologie catholique, membre de l’Académie pontificale pour la vie. C’est dire ses compétences et sa notoriété. Si le scandale public des abus sexuels commis par le clergé sur des enfants est récent, c’est probablement parce que l’enfant est maintenant considéré et traité comme une personne, que l’on sait mieux l’écouter et que l’on a pris conscience du traumatisme et de la longue durée des séquelles dont la honte profonde qui envahit la victime (oui, la victime !) lui rendant la parole difficile, ce qui conduit à des révélations tardives qui, alors, étonnent et sont le plus souvent prescrites sur le plan pénal. Pourtant, ce sont ces prises de parole – récentes – sans doute aidés par les réseaux sociaux et les médias qui ont obligé la hiérarchie cléricale à avouer ce qu’elle cachait et à prendre des mesures progressivement rigoureuses.

Ce livre aborde le sujet tant sur le plan historique que psychologique (les victimes ; leurs auteurs), sociologique, juridique, ecclésial, théologique. C’est le caractère scandaleux, insupportable qui a conduit M-J. Thiel à se pencher sur le sujet depuis plus  de vingt ans, d’alerter l’épiscopat français dès 1998 [1]et à écrire cet ouvrage publié au printemps 2019. Ce livre embrasse un large horizon du sujet et l’on ne peut pas le présenter en quelques pages sans faire des choix (et des omissions) qui peuvent être regrettés ou dénoncés. J’essaierai d’en rendre compte en respectant les chapitres successifs qui commencent par quelques éléments d’histoire avant que soient précisées quelques définitions de vocabulaire et qu’un un état des lieux soit dressé. Sont ensuite abordés : la justice civile, la victime mineure, les auteurs des agressions ; puis les aspects particuliers à l’Église catholique : un tableau, par pays, des abus révélés, les réponses du magistère romain et ses secrets. Enfin, l’auteur étudie les causes, les questions éthiques et théologiques soulevées et termine sur la nécessité de prendre soin veiller, former, pour prévenir.

I- Regard historique

L’auteure rappelle que la pédophilie ou l’éphébophilie sont des pratiques anciennes (de toujours?) dans un contexte de domination, soit à prétention éducative chez les grecs (couple éromène-éraste) soit de maître à esclaves chez les romains (actifs-passifs). Le christianisme a, très précocement (Didaché, Ier s.), combattu ces pratiques et sans doute a-t-il été un précurseur dans la défense des enfants ayant alors un statut d’« objet ». La multiplicité des condamnations civiles et religieuses durant le Moyen-âge et l’époque moderne attestent de la persistance de ces pratiques, les peines prononcées étant plus sévères lorsque le scandale est public et que la victime est un enfant, la femme étant supposée quasi consentante puisqu’ « elle aurait pu se défendre » ! Si le XIXème siècle reconnaît mieux ces crimes, les sévices des éducateurs et le déni des témoignages d’enfant ne disparaissent que très lentement dans la fin du XXième siècle. Différents documents cités illustrent cette lente évolution. L’élaboration du code de droit canonique de 1917 condamne et prévoit de punir sévèrement les clercs coupables de « délits contre le 6ième commandement avec des mineurs de moins de 16 ans », et incorpore l’impératif du secret interne et externe qui va primer depuis décret papal (1741) jusqu’aux temps récents. C’est le secret du Saint-Office qui lie tous les membres des tribunaux de l’Église ou de l’administration diocésaine impliquées dans le traitement des affaires.

Parallèlement, psychiatres et psychanalystes découvrent et décrivent le traumatisme psychique des victimes et ses conséquences. Mais les effets sont longs à voir le jour: durant les premières décennies du XXième siècle, on s’intéresse davantage aux abus et abuseurs, mais la libération sexuelle de années 1960-70 conduira certains intellectuels à revendiquer la pédophilie comme un droit, dans la foulée des mouvements pour la dépénalisation de l’homosexualité, supposant la capacité de consentement des enfants. De fait, la confusion entre homosexualité et pédophilie est entretenue par l’éphèbophilie. C’est sur le consentement que se  concentreront débats et législation.

Dans l’Église, le secret est bien gardé par les clercs et le déni des fidèles est massif, pensant  ensemble « défendre l’Eglise » ! Il a fallu la libération de la parole des victimes pour que, progressivement d’abord puis avec une brusque accélération dans le XXIième siècle, l’ampleur des crimes sexuels commis par des clercs soit révélée, reconnue et que la judiciarisation entre dans les pratiques. L’épiscopat français est alerté par Marie-Jo Thiel en 1998 mais… plus encore par l’accusation puis la condamnation en 2001 de Mgr Pican pour non-dénonciation de crimes pédophiles dans son diocèse. C’était une « première » en Europe ! (Notons que la prise de conscience et les mesures nécessaires ont connu à peu près la même chronologie dans l’Education Nationale).

II- Etat des lieux et définitions 

 Le vocabulaire doit être placé dans son contexte culturel et historique. Si le mot pédophile est, au départ défini comme un penchant érotique ressenti par un sujet pour les enfants impubères, il est couramment utilisé pour désigner l’ensemble des abus sexuels sur mineurs/enfants. L’auteure réfute la catégorisation selon l’âge de la victime qui peut faire considérer que l’éphébophilie ne serait qu’une forme d’homosexualité, proche de la pédérastie grecque et, par conséquent peu grave. Elle préfère, à juste titre, insister sur la contrainte exercée par la personne ayant autorité. Elle retient « abus sexuels sur mineurs » pour qualifier tous les actes, réservant le mot « crime » lorsqu’il y a pénétration. Antérieurement médecin, elle cite et discute les classifications médicales: le DSM américain (Diagnostic and Statistical Manual) ou la CMI (classification internationale des maladies, publiée par l’OMS). Ces documents témoignent de la reconnaissance pathologique des désordres. Leurs différences et leur évolution selon les éditions qui se succèdent reflètent davantage la difficulté des définitions et leurs limites plutôt qu’une amélioration des connaissances et des approches thérapeutiques. De plus, des conflits d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique ne simplifient pas les choses.

L’inceste, lui aussi, n’est pas défini de la même façon par l’anthropologue, l’éthicien ou le psychanalyste, mais dans le langage courant il est compris comme une relation sexuelle imposée par un adulte à un enfant de sa famille. Il entre dans la catégorie des abus sexuels sur mineurs et en représente les trois quarts. Plus le parent est proche, plus l’acte est grave car il est le fait des personnes dont l’enfant attend naturellement protection. On peut considérer, par analogie, que les abus sexuels de clercs ou religieux relèvent de l’inceste spirituel. Notons que la pédophilie, tout comme l’inceste, ne figurent pas, en tant que tels, dans le droit français. Or, la justice doit d’abord définir ce qu’elle accepte, tolère ou réprime. Néanmoins, des lois condamnent le viol, les attouchements et même les propositions sexuelles, y compris via internet, par un majeur sur un mineur, même de plus de 15 ans.

III- La justice

 Le corpus juridique français s’est constitué progressivement et récemment au contact des faits et des prises de conscience. Ainsi en est-il des précautions prises dans l’audition des enfants, des mesures visant à la prévention des mauvais traitements à l’égard des mineurs et la protection de l’enfance, la révision du délais de prescription (reporté d’abord à 10 ans en 1989, puis à 20 en 2004 et enfin à 30 ans en 2018), ce qui témoigne de la prise de conscience progressive de la durée des blessures et séquelles psychiques des victimes incluant leur difficile prise de parole. Il faut aussi évoquer la loi sur la procédure de signalement des victimes présumées, ainsi que la création d’un fichier des auteurs d’infractions sexuelles dans la perspective d’un suivi au-delà de la peine fixée.

Parallèlement, le code pénal abroge l’expression « attentat à la pudeur » pour parler d’« agressions sexuelles », définit ce terme et tient compte de l’âge, de la vulnérabilité, de la dépendance de la victime, des circonstances et des modalités de l’agression ainsi que de l’autorité éventuelle de l’agresseur. La non-transmission aux autorités de mauvais traitements ou d’agressions sexuelles est condamnable, ce qui conduit, au travers de révisions du code pénal et surtout de la jurisprudence, à reconsidérer (et entamer) le secret lié à la profession (essentiellement médicale ou sociale) et à l’état (clérical). On pourrait regretter que M-J. Thiel n’ait pas, en regard, évoqué aussi les entorses trop fréquentes au secret de l’instruction, mais tout sujet a ses limites. Le dilemme éthique des personnes dépositaires d’un secret réside dans l’alternative de la dénonciation (ou du signalement) qui, si elle s’avère abusive, expose à la violation du secret professionnel et ses conséquences pénales, ou bien du non-signalement qui peut, dans certains cas, être assimilé à non-assistance à personne en danger et comporte des conséquences non moins graves.

Au regard du droit canonique, les choses ne sont pas plus claires, tant s’en faut, et le silence reste la règle jusqu’en 2001, règle soigneusement observée. La « majorité sexuelle », tout comme le consentement – ou non – sont des points difficiles à définir et plus encore à établir. Pour les magistrats, le nombre des années n’est pas un critère suffisant[2].

L’auteure aborde de façon détaillée l’évolution des méthodes d’audition des enfants ainsi que l’injonction de soins et le suivi socio-judiciaire. Elle examine ensuite le droit canonique. Les termes d’abus sexuels ou de « pédophilie » n’y figurent pas, mais « le péché contre le sixième commandement » constituant ainsi un fourre-tout puisque le cinquième (en fait) commandement dans la Bible énonce seulement « tu ne commettras pas d’adultère ». Ce faisant, on met dans le même sac : adultères, relations homosexuelles, relations hors mariages, abus sur mineurs, etc. Cependant des canons existent qui permettent la répression, allant jusqu’à la perte de l’état clérical mais, en règle générale, l’occultation des faits, des instructions et des jugements prévaut… et les « peines » infligées aux prêtres se résument souvent à un changement de paroisse ! Le droit civil a beaucoup évolué sur les abus sexuels sur mineurs au fur et à mesure de l’approfondissement des acquis des sciences humaines ; par contre, des améliorations du code canonique sont encore attendues.

 IV-La victime mineure

Évidemment, M-J. Thiel partage l’affirmation du caractère criminel des abus sur les enfants ou les jeunes mineurs, particulièrement quand il est commis par des personnes appartenant au cercle de confiance de l’enfant et, pire encore, quand cette personne, en charge de la vie spirituelle, se sert de son autorité comme instrument de pouvoir à son seul profit. Elle décrit la blessure et les séquelles indicibles pour les victimes (qu’on dénomme aux USA « survivors », ce qui est très significatif)… tout comme leur caractère inaudible et/ou incroyable par les proches des victimes… et aussi par les auteurs des violences ! Or, les victimes ont besoin d’être entendues pour survivre et parfois échapper à leur prédateur. Sans leur parole il n’y a pas non plus de prévention possible, tout comme les abuseurs ne peuvent être aidés ou traités sans reconnaitre leurs actes.

Selon C. Balier[3] et C. Bonnet[4], psychiatres cités par l’auteur, les victimes sont souvent de bons enfants, sages, obéissants, voire soumis, bons élèves, parfois enfants de chœur, impubères ou dont la puberté est encore peu visible, «…caricature d’enfant modèle. Un enfant-image, l’image idéale que le pédophile se fait de lui-même, qu’il veut aimer comme il aurait voulu l’être au même âge, et qui relève donc d’un choix d’objet narcissique.» ajoute G. Czwec[5]. Le psychanalyste estime que l’abuseur se projette de façon narcissique sur ces victimes « sans taches » dont il efface le sexe et la différence de génération. La prise de parole des victimes est difficile tant du fait du manque de vocabulaire adapté que du sentiment de honte qui les envahit, au point que le silence peut leur apparaître – au moins pour un temps – comme une protection. Et quand elle parle, la victime risque de se retrouver accusée de mensonge, voire de consentement! La grande majorité des victimes vit dans un état de stress post-traumatique chronique et, selon le même rapport, si les syndromes intrusifs (réminiscences incontrôlables) sont très fréquents (environ 60% des cas), des amnésies post-traumatiques peuvent toucher un tiers des victimes, parfois durant de longues années, ce qui contribue aussi à compliquer le dépôt de plainte.

Les victimes souffrent d’une grande solitude. Les stratégies de défense mises en œuvre inconsciemment font souvent appel au clivage de la personnalité et au refoulement de l’incompréhensible et de l’insupportable, non sans retentissements somatiques exprimés par des symptômes non spécifiques, qui sont en vérité des appels au secours, mais pas faciles à entendre et à interpréter. La personnalité de la victime est bouleversée durablement. Dans ce contexte, comment l’enfant pourrait-il dénoncer l’éducateur ? N’est-ce pas lui, l’enfant, le coupable? Cette culpabilité -à tort- initie un mal-être, une mésestime de soi et une anxiété durables avec souvent de graves répercussions sur la vie affective, sexuelle et professionnelle de l’adulte abusé. Du reste, 50% des agresseurs ont été eux-mêmes abusés dans leur jeunesse.

Quant à l’agresseur, il faut que sa responsabilité soit « officialisée » et qu’il la reconnaisse  pour qu’un travail de réparation puisse être entrepris. Le plus souvent, il n’y a pas de prise en charge médicale suffisante et adaptée faute de connaissance des professionnels. Et que dire, quand le prédateur a mobilisé dans le registre spirituel « un Dieu tendre et aimant » ? Les dégâts spirituels touchent la dimension fondamentale de l’existence, écartèlent la personnalité selon l’étymologie même du dia-bolique (qui sépare, fragmente, écartèle), comme l’écrit fort justement M-Thiel. Si le dévoilement des faits par la victime est compliqué, l’entendre n’est pas simple. Les premiers écoutants (les parents le plus souvent), sont affolés, en colère, écœurés… ou dans le déni ! Les professionnels (l’auteure parle du « deuxième cercle des victimes »), eux-aussi sont atteints par les révélations et si l’enfant le perçoit, il peut être tenté de se taire, se replier, se dédire.

L’auteure décrit les modes des diagnostics dans l’urgence quand les violences viennent d’avoir lieu ou, plus fréquemment, lors de leur révélation tardive. Elle évoque des modalités de psychothérapies (qui peuvent être très longues) pour permettre aux victimes de « penser » la violence subie, ne plus être submergée par elle et redonner place aux notions d’interdit et de consentement ; et aussi pour éviter les conduites « victimaires » chroniques. Conjointement, un accompagnement spirituel est utile quand les abuseurs sont des clercs. Des rites et liturgies diverses sont tentées avec plus ou moins de bonheur. Quand l’Église prend sur elle les abus commis par certains de ses membres, elle peut entreprendre des démarches de pardon mais, comme ajoute l’auteure, elles « ne remplacent pas les démarches de prévention et de restructuration de la gouvernance de l’Eglise pour que ces abus n’arrivent plus ».[6] Ce qui conduit à s’interroger sur les abuseurs.

V- Les abuseurs

Qui est la personne « pédophile » ? Comment en est-elle arrivée là ? Est-ce une maladie? Peut-on la soigner ? Prévenir les passages à l’acte ? Force est de reconnaître que nous ne savons pas grand-chose. Après les variations des définitions des psychiatres, on s’est intéressé récemment à l’IRM cérébrale fonctionnelle, non sans résultats. Quoique ceux-ci ne soient pas d’interprétation univoque et que la technique nécessite encore des évaluations, le droit en  France a autorisé le recours à cet examen dans le cadre d’expertise judiciaire, et son utilisation argumentaire a un effet notable sur les jurys. Mais, « si l’on ne doit plus considérer le comportement humain indépendamment des connaissances de neurobiologie, on ne peut pas pour autant établir un lien direct et univoque entre quelques millimètres cubes de matière cérébrale et une conduite humaine », peut-on lire dans le rapport Oullier (2102)[7].

Le comportement humain ne peut être réduit à un mécanisme cérébral, pas plus qu’il n’existe un facteur absolument déterminant qui suffirait à tout expliquer. Il faut une approche multifactorielle et pluri-technique pour prendre en compte le cerveau, les hormones, les « humeurs » certes, mais aussi le contexte culturel, sociologique, religieux, familial, éducatif… On connaît la répétition des incestes familiaux sur plusieurs générations, le fait que nombre d’abuseurs ont eux-mêmes été abusés dans l’enfance. Il faut donc recourir à l’anamnèse personnelle et familiale, à l’analyse, la psychogénéalogie, ainsi que la biologie, l’électrophysiologie etc.[8] Il faut également poser qu’un comportement déviant ne suffit pas à caractériser une personne qui est toujours plus que ses actes.

Il n’est donc pas surprenant que les typologies des agresseurs soient aussi variées que les facteurs de « compréhension » évoqués. Ne faut-il pas, d’abord, se demander si les auteurs d’agressions sexuelles sont des malades ou pas ? La question implique la reconnaissance ou non d’une responsabilité, et la possibilité éventuelle d’un traitement et de ses modalités. Rien de comparable entre les psychopathies (schizophrénie, délires, hallucinations) et les troubles de la personnalité liés à une expérience émotionnelle violente (dont une agression subie dans l’enfance), qui peut constituer une « charge prête à éclater ». Avec C. Balier [9], on peut retenir : les déficients intellectuels et immatures ; les abuseurs fragiles, au sentiment d’identité mal assuré et qui ont un besoin impérieux de séduire ; les pédophiles pervers qui séduisent, dominent et manipulent leurs victimes. Mais l’auteure n’en reste pas là et nous introduit dans une analyse (pour « lecteur averti ») toujours ouverte sur différentes configurations psychiques. Elle évoque également le passage à l’acte, le déni et la culpabilité, l’occultation, le secret, les silences qui s’ensuivent.

L’approche chiffrée des agressions n’est pas simple non plus, d’autant qu’elles sont souvent tues par les victimes et que, jusque récemment, il n’y avait pas d’outil de dénombrement disponible. Les données diffèrent également selon leur source: fichier des signalements, des condamnations, dénombrement des organismes sociaux et observatoires, ou encore enquêtes reposant sur des témoignages. Hormis, peut-être, cette dernière méthode, les chiffres avancés sont probablement en dessous de la réalité; pourtant ils sont effarants. Si l’on reste au plan national, une femme sur 7 et un homme sur 25 déclarent avoir subi au moins une forme d’agression (hors harcèlement et exhibitionnisme), le plus souvent dans l’enfance[10] et dans la sphère familiale. Mais seulement 10% des viols seraient déclarés. En simplifiant, les victimes sont des enfants (surtout des filles) violées par un proche; elles se sont tues et n’ont pas été protégées (70% de celles qui ont porté plainte pour des agressions subies lorsqu’elles étaient mineures[11]). Quant aux délinquants sexuels (définition plus large), ils représentent 22% de la population carcérale.

Dans l’Eglise catholique, aux USA, deux enquêtes estiment de 6,5 à 9% le taux des prêtres abuseurs; en Allemagne un rapport estime ce taux à 4,4% au moins. En France, la CEF a débuté l’enregistrement des cas et leur publication qui ne permet pas encore une vue globale et précise. Il faut noter que les enfants abusés par des clercs sont aux 2/3 des garçons, ratio inverse de celui observé dans d’autres contextes. Si l’on considère que les abuseurs dans l’Église sont essentiellement des hommes, force est d’en conclure qu’ils relèvent de comportement homosexuels, ce qui n’est pas un argument suffisant car les homosexuels matures ne recherchent pas nécessairement des partenaires mineurs. Face à la gravité des faits et l’ampleur de leur nombre se pose avec acuité la question de la possibilité et des modalités d’un éventuel traitement, pas toujours possible selon la personnalité psychique des abuseurs. La prévention de la récidive dispose du cadre juridique (incarcération, injonction de soins, suivi judiciaire), de la prise en charge thérapeutique, de l’environnement social dont l’accompagnement amical et spirituel. M-J. Thiel décrit les différentes techniques anamenestiques et thérapeutiques utilisées mais il faudrait que la prévention demeure toujours de règle de la part des évêques (tout comme des inspecteurs d’académie, des responsables de clubs sportifs et autres) dès que le mal apparaît systémique.

VI- Les abus dans l’Église catholique

Commis par des clercs, des religieux, voire des laïcs en situation de responsabilité dans l’Église, les abus et crimes sexuels relèvent non seulement de l’insupportable mais aussi de la trahison à l’égard des jeunes en maturation spirituelle, de l’Evangile d’amour que l’Église se doit d’annoncer en paroles et en actes et à l’égard de Dieu qui, en s’incarnant, s’est fait le proche des plus pauvres et des plus petits. L’indignation et la colère soulevées sont à la mesure des crimes commis et de l’omerta qui tenta de protéger l’institution et non les victimes. Le pape François, lucide, dénonce un problème systémique. M-J. Thiel ouvre la deuxième partie de son ouvrage en actant les faits, les réactions suscitées, sans rechercher l’exhaustivité. Elle analyse ensuite les réponses du magistère romain, avant de mener une réflexion sur quelques cause de cette crise d’identité de l’Église et termine ce chapitre par les attitudes et comportements de prévention.

Force est de reconnaître que les révélations, commencées dans les années 80 aux USA ont été le fait, non des autorités cléricales mais de victimes ou de leurs soutiens, de laïcs. Le grand public a réalisé le foisonnement des cas autour de l’an 2000 et les réseaux sociaux, internet, et les volontés de démocratie participative ont multiplié les révélations, tant des abus sur mineurs que de leur couverture au sein de l’Église catholique. L’auteure dresse un tableau historique et spatial qui débute dans la 2ième partie du XXième siècle aux Etats-Unis, en rendant hommage au précurseur clairvoyant que fut G. Fitzderald qui fonda en 1947 une congrégation tentant de prendre en charge les abuseurs, et alerta les évêques et papes successifs qui ne l’ont pas entendu, plus soucieux de garantir le secret, protéger l’institution et la sacralité sacerdotale plutôt que secourir les victimes et prendre des mesures de précaution. A partir des années 1980 l’Eglise peine à étouffer les scandales; en 1987 puis en 1992, toujours aux USA, la conférence des évêques recommande un programme tourné vers les victimes, qui sera diversement suivi, selon les évêques. Toujours sous la pression de laïcs, des « normes essentielles » sont adoptées en 2002 et reconnues par Rome, leur conférant un caractère contraignant. Une instante d’audit est mise en place pour en surveiller l’application.

Comme le souligne M-J. Thiel, « c’est (…) la persévérance extérieure qui (…) contribue à révéler l’inacceptable et à demander des comptes, en particulier financiers…». Puis vient « le terrible été 2018 » marqué par l’affaire du cardinal Theodore McCarrick et la publication du rapport du Grand jury de Pennsylvanie recensant nombre d’abus record et dénonçant l’objectif obsessionnel du secret de la hiérarchie pour éviter « le scandale» [12] qui la rend complice des abuseurs et criminels, révélations amplifiées par la découverte à peu près simultanée des scandales chiliens. Le cas du cardinal McCarrick est emblématique. Abuseur chronique et notoire, il n’en poursuit pas moins une exceptionnelle ascension dans la hiérarchie cléricale. Créé cardinal par Jean-Paul II en 2001, il termine sa course comme archevêque de Washington et prend sa retraite en 2006 avant d’être conduit à démissionner du collège des cardinaux en 2018 et être laïcisé en 2019. Le dénouement de cette affaire témoigne d’une réelle prise en compte du mal par le pape François, mais en retour il est attaqué par Mgr Vigano, ancien nonce à Washington et figure émergente de la droite conservatrice américaine. Celui-ci cherche à discréditer le pape et le conduire à la démission, et déclare que le pape connaissait – entre autres – la conduite de McCarrick avant de le nommer archevêque de Washington, toutes allégations qui seront démenties et vigoureusement critiquées par le cardinal Ouellet, en particulier[13].

Sont ensuite évoqués les cas de différents pays. Au Canada, les révélations suivent une chronologie et une teneur assez similaires, avec en plus une population amérindienne de 150 000 personnes environ, contrainte à fréquenter de la fin du XIXe siècle à 1970 des pensionnats religieux en vue de leur assimilation, mais où ont eu lieu maltraitance, abus sexuels et « génocide culturel ». Au Chili, le pape fut  trompé sur le cas de Mgr Barros au point de prendre sa défense lors de ses voyages au Chili et au Pérou (janv. 2018). Il s’excusa ensuite auprès des victimes pour leur avoir demandé des preuves! Finalement, Mgr Barros sera contraint de démissionner pour avoir couvert le prêtre Karadima qui sera renvoyé de l’état clérical par le pape lui-même. La crise s’étant avérée si profonde, le caractère systémique si évident, c’est tout l’épiscopat qui dut remettre sa démission au pape en mai 2018. Dans sa lettre au peuple chilien du 31/05/2018, le pape, après avoir exprimé sa honte, demande à tous les fidèles de participer à la transformation ecclésiale nécessaire[14].

En Australie, le rapport de la commission d’enquête révèle un cortège de faits similaires et fait état de 7 % des religieux ayant fait l’objet d’accusations entre 1950 et 2010 sans qu’il soit déclenché d’investigation. Le cardinal Pell, ancien évêque de Sidney, membre du C9 et « 3ème  homme du Vatican » est mis en cause et actuellement emprisonné[15]. En France, on estime à 4 % le taux de prêtres abuseurs. Il a fallu attendre 2015 pour que la CEF prenne conscience des dégâts et publie une « Directive pour le traitement des cas d’abus sexuels par des clercs à l’égard  de mineurs ». « L’affaire Barbarin » dont l’épilogue est en suspens, est le dernier épisode juridique majeur en France où, finalement, le nombre des victimes semble moindre qu’en Allemagne, dont l’auteure publie la situation ainsi qu’en Irlande et les autres pays d’Europe, et dont la démographie, l’histoire religieuse et culturelle, les relations Eglise-Etat nuancent des crimes analogues.

Elle aborde ensuite les réponses du Magistère romain. A partir du XVIIIe siècle l’Église ne s’est plus intéressée à ce problème qu’au travers de la « protection » des clercs et du sacrement de pénitence remis à l’honneur par le Concile de Trente pour le gouvernement des corps et des âmes. Le confesseur devient « arbitre » d’une morale codifiée qui fait écho à la conception tridentine du péché, « non plus médicinale mais judiciaire » écrit M-J. Thiel. La confession devient alors le lieu de la direction spirituelle, protégée par le secret qui devient aussi – pour certains clercs – l’abri derrière lequel ils peuvent s’employer à recruter des proies fragiles… Ces transgressions sont suffisamment nombreuses pour qu’on leur forge la dénomination de « crime de sollicitation » et qu’ils soient « traités » par une constitution de Benoit XIV (1741) reprise par le code de droit canonique (1917) puis dans la lettre du Saint Office Crimen sollitationis (1962). La notion de sollicitation durant la confession fut ensuite étendue aux autres crimes sexuels. Il est important de considérer ce document car il s’agit d’une lettre secrète aux évêques et qui met l’accent sur le secret: secret pontifical (dont la violation entraine une excommunication automatique) et secret de la confession. Ces dispositions, restées en vigueur jusqu’en 2001, sont une clé majeur pour interpréter la façon dont furent gérés les abus sexuels jusqu’à la fin du XXe siècle et plus particulièrement leur occultation. C’est pourquoi l’auteure en fait une présentation détaillée. Au final, c’est bien cette l’obsession du secret a permis la multiplication des scandales. Et force est de reconnaître que c’est seulement la révélation médiatique commencée aux USA qui a conduit Jean-Paul II à commencer à réagir publiquement en évoquant pour la première fois ce sujet dans une lettre aux évêques américains (1992) puis lors de son voyage dans ce pays.

Mais, alléguant diffamations et fausses nouvelles, et soucieux avant tout, de la façade de l’institution, on s’est limité à des recommandations sans réaliser le mal systémique originel. L’incroyable histoire des méfaits de Martial Maciel et de son déni par Jean-Paul II en est l’exemple le plus caricatural. C’est grâce à la culture du secret que le fondateur des Légionnaires du Christ a pu berner quatre papes successifs, alors que ses crimes étaient dénoncés depuis 1943… et, là encore ce ne fut qu’après la révélation publique par la presse que sa réelle personnalité et ses crimes furent connus. Fondateur et dictateur des Légionnaires et violeur de certains d’entre eux, abuseur d’enfant – dont son propre fils – il mena plusieurs vies sous des pseudonymes différents, eu trois enfants de deux femmes différentes, sans parler de ses addictions et malversations financières. Un réseau de corruption atteignant la Curie le protégea jusqu’à sa condamnation par Benoit XVI en 2006 qui, parallèlement, publie de nouvelles mesures (2010) aggravant l’appréciation des crimes et délits, augmentant à 20 ans le délai de prescription et rendant plus rapides les procédures. C’est avec le pape François que la lutte s’accélère, s’intensifie (« tolérance zéro ») et fait appel à tout le peuple de Dieu (2018) pour, d’abord prendre en compte les victimes, et puis condamner les abuseurs. François pointe le cléricalisme (manière déviante d’exercer l’autorité) qui a permis ces crimes et leur multiplication et il appelle tous les fidèles à une révision institutionnelle au travers d’une nécessaire conversion des cœurs. L’auteure analyse en détail la lettre au peuple de Dieu, son contexte, ses nouveautés et appels à l’innovation… et aussi ses faiblesses[16]. Revenant sur l’Église et ses secrets, sur le secret de la confession en particulier, et l’esprit de ce sacrement, elle pose la question de l’opportunité d’en réviser ses modalités, et celle des conflits de devoir qui se posent entre le secret qui permet la confession et la dénonciation que nécessite justice, vérité et protection des victimes.

VII-  Analyse des causes – questions éthiques et théologiques

La crise que traverse l’Église n’est pas arrivée par hasard, écrit M-J Thiel. L’éviction de certaines questions, l’incompréhension de certaines normes présidant à l’éthique sexuelle et familiale, la difficulté de la base à s’exprimer et être entendue, même dans les synodes diocésains, en portaient le germe. Dans ce chapitre, l’auteure nous livre les résultats d’études sur les causes évoquées puis examine la manière dont est exercé le pouvoir dans l’Église, son lien avec la sexualité, la prégnance du cléricalisme, ainsi que de certains  facteurs culturels et sociaux et enfin certaines images des prêtres, du péché et de Dieu qui participent au problème.

Elle cite d’abord les diagnostics de 3 rapports :

– Le premier, de J. Jay[17] (2009) fait ressortir cinq points: une hiérarchie qui n’a pas saisi la gravité du problème ; une trop forte crainte du scandale; l’utilisation de centres de traitement non qualifiés; une volonté mal avisée de pardonner; une prise de responsabilité insuffisante

– L’étude de R.S. Appleby et M. O’BrienSteinfels[18]  (2003) conclut que la crise de l’Église ne se réduit pas aux abus sexuels qui ne sont que la manifestation d’une « culture cléricale close qui envenime la cléricature », laquelle fait preuve d’une irresponsabilité absolue envers les fidèles[19] ; cette coupure résulte d’une dégénérescence systémique qui frappe l’ensemble de la hiérarchie sous les effets du secret, de la dénégation, de l’auto-défense et de la soumission à une papauté hostile à toute ouverture .

– Le rapport de P. Doyle o.p.[20] (2017) est convergent quand il trouve « la causalité…dans les racines profondes de la théologie de l’Eglise, sa structure politique et gouvernementale et sa culture….» et dénonce un « gouvernement général de l’Eglise dominé par les clercs et influencé par la culture cléricale… » ainsi qu’un « enseignement officiel qui soutient qu’il y a deux catégories de membres : les laïcs qui forment la majorité et le clergé formant un ordre sacré[21], institué « par loi divine » [22]

C’est le point qui retient aussi l’attention de plusieurs auteurs : J. F. Keenan (2005) dans une revue de la littérature; J. O’Malley s.j. parlant de «crise de l’autorité », et la revue Concilium, de « trahison structurelle de la confiance » portant le regard de ceux qui sont trahis. M-J. Thiel nous livre alors une réflexion sur « le pouvoir de l’Église et dans l’Eglise ». Elle rappelle que « le pouvoir est et doit rester d’abord celui du Seigneur de l’Eglise », c’est à dire le service. Elle rappelle aussi que le concept de « hiérarchie » ne se rencontre pas dans l’Evangile. Alors, se demande-t-elle, si l’exercice du pouvoir, tel qu’il a été exercé durant le XXe siècle a permis tous ce abus, n’est-ce pas parce qu’il n’ a pas été exercé comme un service mais davantage comme une domination impliquant soumission et obéissance ? Plutôt que toujours craindre « la démocratie et l’égalitarisme » elle rappelle qu’il conviendrait mieux d’écouter le pape François quand il insiste sur la synodalité comme dimension constitutive de l’Église. Une synodalité vraie, « qui manifeste le sens surnaturel de la foi qui est celui du peuple tout entier lorsque « des évêques jusqu’au dernier des fidèles laïcs elle apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel ».[23] Observant, la résistance à la reconnaissance effective des laïcs, on ne peut que penser à Trente et Vatican I.[24]

L’auteure regrette le centralisme de l’ecclésiologie universaliste des 3 papes post-conciliaires qui ne permet pas aux conférences épiscopales de jouer leur rôle face à « l’hégémonie centralisante d’une curie (…) qui aboutit, dans le domaine de l’éthique sexuelle et familiale à mettre en place envers et contre tout, et à l’encontre souvent de tout bon sens, un paradigme de l’universel normatif intransigeant aux conséquences désastreuses ». Elle observe le lien entre sexualité et pouvoir et la fortune dans l’Église du modèle ascétique païen qui, déjà dans l’antiquité, visait à nier la sexualité comme une anomalie dont le spirituel doit se rendre maître. L’Église y voit un retour à l’Adam paradisiaque sans sexualité, avant sa détérioration par le péché.[25] L’Eglise d’Occident mène un long combat pour faire passer le modèle ascétique aux moines puis aux prêtres pour obliger au célibat en liant « étroitement la pratique du pouvoir dans l’Église à une dénégation de la sexualité » tout en masquant « symboliquement ce lien ».[26] N’est-ce pas ainsi qu’on a fait du clerc, indemne de sexualité et donc de souillure, un être ontologiquement supérieur à tous les laïcs, nouvelle figure du sacré, capable d’exercer le pouvoir de l’Église, en particulier par le sacrement de pénitence ? Mais une sexualité déniée expose à « des retours de feu pulsionnels »… et, estime M-J Thiel, « la place du célibat, l’éducation sexuelle du clerc, la figure du prêtre, la notion de péché, le rôle de la femme, le pouvoir clérical…demeurent des questions centrales dans la crise systémique des abus».

Elle examine le célibat des prêtres d’un point de vue historique (culturel et disciplinaire) et aussi  leurs manquements. Elle fait alors un inventaire, sans doute incomplet, des révélations récentes. On peut regretter que ce soit seulement dans ce chapitre qu’elle s’intéresse aux viols et abus sur adultes en situation de faiblesse ou de domination (séminaristes, religieuses, moniales, laïcs employés), les dissocier de fait des abus sur mineurs et leur accordant moins de lignes, alors que, par leurs procédés comme par leurs conséquences, il s’agit d’un tout. Avec d’autres elle s’interroge sur la discipline du célibat, son caractère obligatoire et évoque l’ordination d’hommes mariés, voire un vœu de célibat pour un temps donné, renouvelable.

Ensuite, elle dénonce le cléricalisme, étroitement lié à la sexualité, aux scandales récents et à l’image de l’Église ; cléricalisme qui pousse nombre de clercs à constituer un corps social à part, vivant d’une culture du secret, virant facilement au corporatisme, s’arrogeant des privilèges, exigeant obéissance et soumission sur tout, et dont on comprend bien qu’il est au cœur des abus en facilitant leur perpétration, leur dissimulation et donc leur perpétuation. Ce cléricalisme qui s’exerce au détriment de l’Église est entretenu par quelques laïcs qui entourent le prêtre, et qui en tirent quelques miettes de pouvoir et de privilèges auxquels ils s’accrochent. « Piégés par la crédulité générée par le cléricalisme », des parents restent naïfs et préfèrent entretenir l’image du prêtre, plutôt que veiller et écouter leurs enfants ! Elle cite M.E. Hunt, théologienne féministe américaine qui écrit : le cléricalisme est « ancré dans la bifurcation même du clergé et des laïcs qui fondent l’institution catholique romaine. »[27] Sortir du cléricalisme nécessite de (re)donner aux laïcs leur juste place et en particulier aux femmes qui assurent le service mais pas le pouvoir. Le sacré implique la séparation et les prêtres sont d’autant plus auréolés qu’ils sont séparés des femmes.[28]

L’auteure dénonce la minoration des femmes, voire la discrimination dont elles sont victimes, aggravée par la sublimation de la maternité-virginale de Marie qui leur est donnée comme modèle de perfection. En leur refusant les moyens de dissocier le lien entre sexualité et fécondité, les femmes sont maintenues par le clergé comme cibles et moyens de leur coercition morale, bien plus que les hommes. Cette sujétion sur les femmes est illustrée de façon caricaturale par l’exploitation de religieuses au service de clercs, comme l’a révélé, par exemple le supplément féminin de l’Osservatore Romano (2018).  M-J. Thiel affirme fort justement que « lutter contre le cléricalisme, ce n’est pas lutter contre le clergé mais revenir à l’Evangile », et elle cite l’extrait d’un article du bénédictin M. D Semeraro : «…si on y réfléchit, l’Evangile, avec ses exigences de liberté, d’égalité et de fraternité universelle, est la ruine de l’Église… l’Evangile impose une conversion qui passe par la réception des critiques extérieures…» Pour M-J. Thiel, la réponse au cléricalisme doit être structurelle, émanant d’une Eglise « tout entière synodale. »

Avant de se demander comment on est arrivé là où nous sommes, l’auteure rappelle combien les prêtres, pour la plupart, sont des hommes généreux et dont la vie est souvent difficile : vivant seuls, ne s’accordant que peu de temps personnel et de ressourcement, en proie au discrédit d’une Eglise jugée « rétrograde », la crise actuelle les expose à un soupçon vite généralisé. La pastorale est difficile face à un grand nombre de paroissiens en situation marginale ou irrégulière vis à vis des normes ecclésiales, en particulier sexuelles. Le prêtre doit-il condamner ou faire preuve  de miséricorde ? Elle évoque alors ce qu’on dû vivre nombre d’entre eux, entrés au petit séminaire pour des raisons économiques, préparés au grand séminaire, prêtres sans vocation, ritualistes et légalistes, qui furent désorientés par une sortie de la pratique habituelle (mais) imposée de l’extérieur pour les laïcs comme pour les clercs (beaucoup ont « quitté » le sacerdoce, voire l’Eglise) qui marqua les années 60-70. Le concile s’inscrit chronologiquement dans ce mouvement qui le précède et l’accompagne[29].

On aborde ensuite les figures du prêtre et il faut savoir les excès, déformations et déviations qu’a pu porter (et porte encore) une spiritualité qui hyperbolise la grâce reçue par l’ordination, allant de la configuration du prêtre au Christ à son identification pure et simple. D’un alter Christus discutable, on arrive à un ipse Christus: le Christ lui-même ! Cette théologie assoit la constitution de la caste sacerdotale, d’hommes de pouvoirs auréolés de perfection. Que vienne s’ajouter un culte excessif de Marie, figure de la virginité permanente, sans tache (la sexualité étant synonyme de souillure) et l’on imagine le poids à porter par un homme seul, voué au célibat et à la continence, séparé du peuple chrétien. Face à cette figure impossible, niant la vulnérabilité ontologique humaine, tout peut se réaliser, de l’autoritarisme tyrannique et/ou abuseur au suicide-échec ou à l’abandon, sortie de l’asphyxie. L’auteure met aussi en cause l’abus de l’image et du titre de père et préconise le retour à la fraternité évangélique et baptismale. Elle propose de passer du modèle tridentin où le prêtre représente le Christ au modèle de Vatican II où le prêtre représente l’Eglise, elle-même peuple de Dieu (dans lequel le prêtre est frère parmi ses frères et à leur service) ;  l’Église étant « signe et moyen de l’union intime avec Dieu et l’unité du genre humain » (LG1).

Elle se penche sur le tabou de la sexualité par le magistère, reflétant le déni du corps sexué, ignorant  les vécus familiaux, ayant perdu son crédit dans le monde en matière d’éthique sexuelle, mais qui tente d’imposer ad intra par des sanctions envers certains théologiens moralistes ce qu’elle ne peut plus imposer ad extra. Elle évoque ensuite l’homosexualité des prêtres (supérieure à celle de la population générale) qui peut être simple orientation, tendance, ou être assumée et même active. S’il existe des relations entre homosexualité et abus sur mineurs, elles ne sont ni obligatoire ni univoque. Elle se demande enfin si des facteurs théologiques et ecclésiologiques peuvent contribuer aux abus sexuels, aux abus de pouvoir et à l’occultation de la souffrance des victimes. Elle examine trois facteurs: l’image de Dieu, les normes et le péché, des défis ecclésiologiques. L’identité, même partielle, de l’image du prêtre à celle de Dieu, rend pratiquement impossible, comme mensongère et blasphématoire, la dénonciation des abuseurs. La confusion entre l’amour et la souffrance d’un fils qui serait voulue par Dieu le Père peut conduire à l’abandon des victimes et par là entretenir les abus. La conception d’un Dieu tout-puissant que l’on peut mettre de son côté par des actes de piété permet aussi de « résoudre » les écarts aux normes fixées.

Suit alors, une profonde analyse et réflexion sur le péché, difficile à résumer ici mais qui sera – en soi – une référence pour toute personne concernée par la théologie morale, étudiant comme enseignant, et spécialement confesseur et accompagnateur spirituel. Je retiens, en particulier, les formulations vagues de péché contre le sixième commandement, véritable fourre-tout de la morale sexuelle;  l’approche purement normative, légaliste qui, en particulier, ne prend pas en compte les victimes. Une loi est faite pour être outrepassée si elle n’est pas intériorisée et devenue chemin de maturation personnelle, éducation à la liberté. L’auteure évoque évidemment l’approche relationnelle (avec les victimes, avec la communauté, avec Dieu) ;  elle discute intention et conséquence(s), les risques (y compris d’abus) auxquels peut conduire la séparation âme-corps, la discipline pénitentiaire, en particulier l’absolution qui n’attend pas la conversion. Retenons aussi la dimension communautaire des conséquences des abus mais aussi les facteurs « facilitateurs » de certaines théologies (voir supra), de la formation dans les séminaires, des insuffisances du droit canonique, de tout ce qui relève, finalement de la structure institutionnelle qui appelle une profonde réforme.

En termes d’ecclésiologie, la réception de Vatican II reste encore à faire « dans la réorganisation des structures, du gouvernement, mais aussi des représentations, du vocabulaire. Et aussi dans la reconnaissance effective du peuple de Dieu dans les organisations et surtout dans les mentalités (en particulier de ses responsables), à travers un fonctionnement plus synodal »,[30] écrit-elle, dans la droite ligne des lettres de François aux chiliens puis au peuple de Dieu. Comme il est énoncé dans la constitution sur l’Église, celle-ci doit se reconnaître  « à la fois sainte et toujours appelée à se purifier, poursuivant continuellement son effort de pénitence et de renouvellement ». (LG 8) Les réponses du concile de Trente aux désordres des XVe et XVIe siècles ne suffisent pas: Ecclesia reformata semper reformenda ! La force des résistances témoigne de l’importance des réformes à effectuer. Les clercs (quel que soit leur degré dans la hiérarchie) s’accrochent aux pouvoirs, sachant bien que, dans l’état actuel du droit de l’Église, rien ni personne ne peut les obliger à rendre des comptes, monarques absolus  dans leurs territoires. C’est donc de l’extérieur, des fidèles laïcs, mais pas seulement, que peut venir l’indignation, la protestation, la prise de parole.[31] Il faut noter que les révélations des abus sexuels de pouvoir et de conscience sont concomitantes, et sans doute dues à la diffusion des nouveaux moyens de communication totalement libres car pratiquement incontrôlés. « Qu’il faille gouverner l’Église, qu’il y ait une hiérarchie dans les fonctions, toute société humaine le requiert », écrit M-J. Thiel, mais en suivant le Christ serviteur! Le centralisme hégémonique de la curie, « une colonne vertébrale du gouvernement de l’Église (…) constituée par une hiérarchie d’hommes d’Eglise selon un système d’obéissance et de pouvoir très éloigné des relations fraternelles » ne peut avoir que des effets délétères et la pyramide doit être inversée d’autant que l’on proclame le sensus fidei. C’est pourquoi François s’adresse à tout le peuple de Dieu, pour qu’une Eglise tout entière synodale oblige tous ceux qui détiennent un pouvoir à la transparence et à rendre des comptes et permette, entre autres, la protection de ses membres et plus particulièrement des plus faibles.

VIII- Prévenir, former, veiller, prendre soin[32]

Ce chapitre propose une vue  d’ensemble de la gestion concrète de la crise de l’Église et les impératifs de formation, d’évaluation et de suivi, à tous les niveaux. Plus jamais ça! Pour mettre fin aux abus, il fallait qu’ils soient révélés; il faut qu’ils soient connus et leur gravité mesurée. Ce n’est pas seulement le travail de quelques personnes désignées à des postes nouveaux ni l’élaboration de nouvelles règles qui peuvent suffirent. Comme insiste le pape François, « il faut une transformation ecclésiale qui nous implique tous », car il s’agit de prendre en charge le problème dans sa complexité, ce qui passe par une conversion de chacun pour générer de nouveaux « modes de relations, de prier, de penser, de vivre l’autorité, nos coutumes et langages, notre relation avec le pouvoir et l’argent… ». Dans ces deux lettres[33], tout est dit. Reste à concrétiser…

M-J. Thiel aborde successivement la formation des séminaristes et des novices, la formation théologique et pastorale des acteurs de terrain, les dispositifs d’écoute, de prévention, d’accompagnement et d’évaluation; la gestion de l’urgence et, enfin, la reconstruction. Les entrées aux séminaires devraient faire l’objet d’un discernement des directeurs  par des entretiens approfondis: que le candidat déclare « avoir la vocation » ne suffit pas, en particulier quand un séminariste quitte un séminaire pour un autre. Les règles officielles, mises à jour en 2016, incluent les questions sexuelles y compris la protection des mineurs et adultes vulnérables, « la réalité féminine » et l’importance que devrait jouer les femmes dans la formation des séminaristes.

L’auteure estime nécessaire « l’apprentissage (et l’acceptation) du débat contradictoire (qui) contribue à la maturation intellectuelle et humaine » et illustre ce propos par une belle image : une montre à l’arrêt n’a raison que deux fois par jour ! Surtout, la formation théologique, intellectuelle, doit être accompagnée spirituellement et avoir des effets dans le comportement quotidien. La formation psychosexuelle doit s’appuyer sur un enseignement de la psychologie générale et particulière dont les abus sexuels et autres dysfonctionnements ; elle doit permettre le dépistage des failles graves et, enfin, offrir la possibilité de s’ouvrir à un professionnel des problèmes personnels …qui ne se limitent pas aux abus! Le but étant, dans une meilleur connaissance  de soi, d’aider une maturation affective qui permettre une meilleure relation aux autres et à Dieu. C’est dans ce cadre que doivent être abordé les questions sexuelles dont celles posées par le célibat et la chasteté.

Pour autant, la vie des prêtres n’est pas facile aujourd’hui, parfois même décourageante et désespérante du fait, en particulier, de carences relationnelles personnelles avec les fidèles (à qui la faute?) et avec les confrères et du sentiment d’être ignoré de l’évêque, le tout aboutissant à une solitude affective pénible. Certains, surtout parmi les jeunes, sont tentés, pensant faire face, à s’accrocher à la sacralisation du prêtre et à la cléricalisation des pouvoirs qui vont de pair avec des signes ostentatoires d’identité, une rigidité sur la doctrine et la morale mais qui ne protègent guère contre une épreuve personnelle sérieuse. Tous les acteurs pastoraux doivent être informés et formés à l’existence des abus, aux facteurs qui l’ont permis et aux échanges, discussion et confrontation dans les communautés: formation mais aussi réalisme, ouverture d’esprit et conversion nécessaires (car nul n’est indemne du cléricalisme).

La prévention doit se faire à tous les niveaux: prédateurs possibles mais aussi auprès des enfants eux-mêmes par leurs parents et les institutions ou mouvements qui les accueillent. Pour prévenir et détecter les abus ou situations dangereuses, il faut être attentif, écouter (non interroger) et, le cas échéant, inviter les parents au signalement à la police et aux responsables religieux. Cette décision de signalement est difficile, et sa réception par les autorités (civiles et religieuses) nécessitent tact, prudence et, finalement, jugement décisif : procédure judiciaire et sanction ou à l’inverse disculpation quand l’accusation ou l’insinuation ne sont pas fondées. Mais si elles ont été médiatisées, c’en est fini de la réputation du prêtre. N’oublions pas les deux suicides de l’automne 2018 survenus alors même qu’aucune plainte n’avait été déposée auprès du procureur, ni une instruction commencée : la peur de la publicité et de l’emballement médiatique qui n’aurait pas manqué peut avoir joué un rôle…[34] Pourtant, difficulté et périls ne doivent pas faire renoncer ni occulter. Là aussi il faut savoir chercher et accepter l’aide de personnes compétentes tant dans le domaine judiciaire que psychologique et de la communication dans l’urgence comme dans « l’après-sanctions », quand il s’agit de prendre soin -aussi- de l’abuseur.

Ces dernières années montrent l’importance des personnes, associations et recours extérieurs à la hiérarchie. Celle-ci doit en tirer des enseignements et accepter la mise en place d’enquêtes[35] et de surveillance extérieure permanente pour que les situations que nous venons de connaitre ne puissent se répéter. Dans sa conclusion, M-J. Thiel retient le caractère systémique de la crise que nous traversons et se fait l’écho du pape François « à relever le défi en tant que peuple de Dieu ». Comme lui, elle invite chacun à regarder le Christ et Seigneur qui s’est dépouillé de sa condition divine pour se faire serviteur avec tout ce que cela a impliqué pour lui et devrait, avec la force de l’Esprit, nous permettre : une conversion de nos comportements, nos mode de relations, du fonctionnement de nos communautés pour une résurrection ecclésiale vivante et annonçant l’Evangile. C’est dans cette foi et cette espérance que M-J. Thiel termine ce livre.

Conclusion

Il est évident que cet ouvrage est une référence incontournable pour non seulement pour ceux qui s’intéressent aux crimes sexuels commis par des clercs, mais aussi pour les théologiens moralistes ou ecclésiologues et, finalement, pour quiconque, chrétien, est conscient d’appartenir à l’Église, d’être concerné par la crise qui la traverse pour participer à sa conversion et réformation. Les professionnels concernés (magistrats, juristes, médecins, psychologues, etc.) y puiseront des informations profitables, d’autant plus s’ils ne sont pas familiers de l’Église et du clergé. Il n’est, évidemment, pas nécessaire de lire le livre dans l’ordre et in extenso ; mais selon ses pôles d’intérêt ou ses questionnements, le lecteur peut aborder l’ouvrage par parties, chapitres et paragraphes formant des entités en elles-mêmes et la table des matières étant bien détaillée.

L’ouvrage montre clairement qu’à l’origine des abus on trouve deux registres étroitement (inconsciemment ou délibérément) associés : d’une part un exercice déviant de l’autorité dans une relation contre nature (au sens anthropologique et évangélique) entre prêtres et laïcs que l’on peut grossièrement caractériser par des antinomies du type sachant/ignorant, sacré /profane et, conséquemment, dominant/dominé; d’autre part une sexualité ignorée, niée, décriée, considérée a priori peccamineuse, et que les clercs cherchent à encadrer pour leurs ouailles, vivant eux-mêmes difficilement et non sans failles, une chasteté-continence considérée a priori comme « un plus » de disponibilité à Dieu et aux hommes, un pas de plus vers le Royaume. En fait, souvent, la hiérarchie cléricale révèle – à son insu – son ignorance, ses obsessions, sa rigidité, voire ses frustrations utilisant abusivement le vocabulaire de la chair/esprit,  pureté/impureté, le couple vierge-ange (pour ne pas dire « saint ») et offrant aux femmes, un modèle schizophrénogène, celui de la vierge-mère.

Ce livre est fondé sur de multiples sources dont les citations sont référencées en bas de page avec les précisions nécessaires. La bibliographie compte plus de 300 entrées (quelques textes officiels de l’Église catholique et d’Eglises sœurs, des publications médicales, psychiatrique et psychologiques, juridiques, théologiques, religieuses et diverses et, pourtant, « cette bibliographie ne reprend pas toutes les citations des ouvrages » (sic). Le texte et les références incluent les données les plus récentes du début de l’année 2019. Cette actualité renforce sa « prise » sur le réel mais pourrait devenir une faiblesse avec le temps ou demander une réactualisation, une mise à jour.

On peut regretter la restriction du titre de l’ouvrage aux abus sexuels sur des mineurs car les abus sur les adultes, pas nécessairement fragiles mais sous emprise sont également concernés, et les abus sur les intelligences et les consciences ne sont pas moindres. Certes, ils sont abordés dans ce livre très complet mais de façon un peu à part alors qu’ils sont tout à fait connexes. Ils relèvent de la même autorité abusive. Les conséquences de ces comportements sur l’évangélisation sont si évidentes qu’on peut penser qu’ils ne sont pas pour rien dans la désaffection de la religion quand, parallèlement, l’augmentation du niveau des connaissances favorise le développement de la personne et son autonomie de pensée.

Hors la dimension religieuse et spirituelle, les crimes et abus commis par toute personne ayant autorité entraînent les mêmes blessures et laissent les mêmes séquelles, comme M-J. Thiel le dit bien. Si l’inceste est le plus fréquent, il questionne en retour la « paternité spirituelle ». Est-ce parce qu’elle a limité son sujet à l’Eglise catholique ou parce que les données disponibles et exploitables sont moindres : on aurait aimé pouvoir faire des comparaisons avec d’autres Eglises, d’autres milieux éducatifs ou sportifs. Mais, elle insiste bien sur le fait que, commis dans l’Eglise, ces crimes ne sont pas dommageables seulement aux victimes directes, mais aussi à l’ensemble du clergé (trop facilement pointé du doigt dans son ensemble, voire parfois abusivement accusé), à l’ensemble des croyants, et au message d’amour de Dieu dans son incarnation. C’est  cette « spécificité  catholique » qui fait reprendre au pape François l’image empruntée à Paul : « Satan lui-même se déguise en ange de lumière » (2Co 11,14).

Bernard PAILLOT

 

 

[1] Thiel Marie-Jo, A propos de la pédophilie, Documents épiscopat, n°10, 1998.

[2] C’est pourquoi on peut regretter que le titre de cet ouvrage se limite aux mineurs.

[3] C. Balier, Pédophilie et violence. L’éclairage apporté par une approche criminologique, Revue française de psychanalyse, t.LVII, avril-juin 1993, p. 576

[4] C. Bonnet, L’enfant cassé, Albin Michel, 1999, p. 159.

[5] G. Szwec, « Faudra mieux surveiller les petits ! », Revue française de psychanalyse, t. LVII, avril-juin1993, p. 592.

[6] 87% des victimes de viol durant l’enfance selon S. Roy « Violences sexuelles : trop peu dépistées, si mal soignées », Le Figaro du 01/03/2015, citant les chiffres de l’association française « Mémoire traumatique et victimologie »

[7] Disponible sur :http://archives.strategie.gouv.fr/cas/system/files/cas-dqs_dt-neurodroit_11septembrereduit_0.pdf  consultation 12/08/2019.

[8] Il faut évoquer la confusion des genres, le plaisir et sa « tyrannie » à ne pas confondre avec le bonheur; le désir qui, pour certains, équivaut à un droit; la relativisation du permis et de l’interdit; l’envahissement de la pornographie qui n’est pas l’érotisme, etc.

[9] Balier Claude, op.cit. p. 584.

[10] INED (Institut national d’études démographiques), « Viols et agressions sexuelles en France: premiers résultats de l’enquête Virage », Population et sociétés, n°58, novembre 2016.

[11] Selon l’enquête de l’association française  « Mémoire traumatique et victimologie » (www. Memoiretraumatique.org/accueil.html) rapporté par S. Roy dans « le Figaro » op. cité.

[12] Quand l’expression « éviter le scandale » est utilisée non pas pour éviter que les faits scandaleux ne se reproduisent plus, mais seulement pour éviter qu’ils soient connus, il s’agit de mensonge et de complicité. Comment imaginer cela d’un clergé au demeurant très moralisant ? Scandale en cascade qui s’ajoute à celui des abus !

[13] Les lecteurs intéressés pourront se référer à l’ouvrage de Nicolas Senèze Comment l’Amérique veut changer de pape, Bayard, 2019.

[14] Lettre que tout chrétien, même non chilien, doit connaître, accessible sur : file:///Users/paillot/Downloads/20180531-papefrancois-lettreauxchiliens-ladoccatho-14207%20(2).pdf dernière consultation le 14/08/2019

[15] Le cardinal a toujours nié. Lors de la publication du livre et en août 2019 encore ; la procédure n’est pas terminée.

[16] Le caractère relativement récent de cet appel du pape, son retentissement encore modeste dans les esprits et nul dans beaucoup de diocèses me conduisent à inviter à la lecture, l’analyse, et le travail en groupe des prises de parole et des écrits du pape pour opérer les nécessaires réformes (au moins au plan personnel).

[17] B. A. Robinson, overview of the “Independent  Survey of Sexually Abusive Roman Catholic Priests”, accessible sur :  www .religioustolerance.org/clergy_sex20.htm, consulté le 15/08/2019

[18] G. Wills, l’Église catholique et la pédophilie, Paris, Les empêcheurs de tourner en rond/le seuil, 2003, pp. 51-52.

[19] Je pense que « l’irresponsabilité » est à prendre ici comme l’absence de comptes à rendre, l’absence de tout contrôle de la part des fidèles mais on peut aussi comprendre qu’elle n’a pas assumé sa responsabilité de protection des fidèles.

[20] Th. P. Doyle, The Australian Royal Commission institutional Responses to Child Sexual Abuse and the Roman Catholic Church , Child abuse & Neglect, 74,2017, pp. 103.106.

[21] C’est la conception de l’Église énoncée par Pie X dans l’encyclique Vehementer nos (1906), décrivant l’Église enseignante et l’Église enseignée, c’est à dire les laïcs : « la multitude, (…) n’a pas d’autre devoir que celui de se laisser conduire et, troupeau docile, de suivre ses pasteurs » (sic). La persistance de cette réalité, trop souvent ressentie dans les relations des laïcs avec des clercs, nous interroge quand on considère que cette encyclique relevait du bellicisme de la séparation de l’Eglise et de l’Etat en France, et qu’elle a été dépassée par la Constitution sur l’Église de Vatican II (Lumen Gentium). N’est-ce pas  l’expression vivante d’un pouvoir qui n’accepte ni partage, ni contrôle, un aspect – et non des moindres – du cléricalisme ?

[22] Cette « loi divine » a été exprimée au concile de Trente par le seul argument de l’autorité assorti de l’anathémisation : « Si quelqu’un dit que l’ordre ou la sainte ordination n’est pas vraiment et proprement un sacrement institué par le Christ Seigneur ; ou que c’est une invention humaine, imaginée par des hommes qui n’entendent rien aux choses de l’Eglise ; ou que c’est seulement un rite par lequel on choisit les ministres de la Parole de Dieu et des sacrements : qu’il soit anathème ».

[23] Lumen Gentium 12, repris par le pape François dans sa lettre au Peuple de  Dieu du 20/08/2018.

[24] Et, je me permets d’ajouter, à l’encyclique Vehementer nos (cliquer ici) consultation le 17/08/2019.

[25] Qui est toujours présenté, même si la Bible ne le dit pas, comme le péché « de chair » !

[26] M-J Thiel se réfère et cite ici E. Fuchs Sexualité et pouvoir dans l’Église, Concilium n° 217, 1988, p. 37-43.

[27] A ce sujet, on lira avec profit « Naissance d’une hiérarchie », Paris, Beauchesne, 1977 et « Les laïcs aux origines de l’Église », Paris, Centurion, 1984,  d’A. Faivre.

[28] Pour autant, on aurait sans doute tort de penser que le mariage des prêtres résoudrait automatiquement le problème ; de même l’ordination des femmes, si elle était acceptée dans les conditions actuelles, ne ferait qu’accentuer le cléricalisme, confirmé comme la seule voie de « promotion ».

[29] Ce qui ne suffit pas pour lui en attribuer la responsabilité.

[30] On pourrait, s’agissant du fonctionnement synodal, ajouter : à tous les niveaux ; par ailleurs, recourir systématiquement à la subsidiarité qui inclut, selon les problèmes et les situations, des solutions qui peuvent différer sans porter atteinte à l’unité qui n’est pas formelle, mais spirituelle. Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père (cf. Jn 14,2).

[31] Et, comme il n’existe pas dans l’institution de lieux de débat, de concertation, de délibération ouverts, j’ai envie de paraphraser le M. de Certeau de 1968 en proposant de prendre la parole dans l’Église comme on a pris la Bastille en 1789.

[32] Dans ce titre, le médecin se reconnaît pleinement.

[33] Aux chiliens  puis au peuple de Dieu, op. cités, sans oublier celle au cardinal Ouellet.

[34] Les personnes faisant l’objet d’une dénonciation devraient faire l’objet d’une vigilance prudente et d’un accompagnement fraternel.

[35] Ainsi, en France, sous la pression extérieure, la CEF a chargé J-M. Sauvé, vice-président honoraire du Conseil d’État, de former une « commission indépendante » chargée de faire la lumière sur les abus sexuels commis par des prêtres en France.

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