Scandales dans l’Église d’aujourd’hui: quelles voies pour en sortir?

Grand succès pour cette conférence de Véronique Margron ! Le sujet brûlant, la personnalité de la conférencière avaient attiré 250 personnes dans l’amphi du Centre Diocésain le 14 juin dernier, où ne restait plus aucune place libre ! Et, devant la qualité de ce qui nous a été délivré, il n’y avait vraiment pas à regretter de s’être déplacé. Véronique Margron, debout, jetant à peine un œil de temps en temps à ses notes où elle avait surligné l’essentiel, a parlé du plus profond d’elle-même, faisant appel plus encore qu’à son savoir de théologienne, à son expérience auprès des personnes en difficulté. Visiblement bouleversée par l’ampleur des scandales qui touchent l’Église, elle a voulu proposer « un chemin pascal » : sans doute nous faut-il accepter de mourir à certaines formes d’Église dans la conviction que c’est le Ressuscité qui nous relèvera.

Dans une première partie, elle a souligné la nécessité de nommer exactement les faits, parce que mal nommer, selon le mot de Camus, c’est ajouter au malheur du monde, parce que c’est édulcorer la réalité et la conscience que nous en avons. Il s’agit, comme l’a souligné le pape François, de crimes, aussi faut-il employer le terme de pédocriminalité et non de pédophilie (dont le sens étymologique est « amitié pour les enfants »!) Parler en l’occurrence d’abus sexuels est inexact car il n’y a là rien de légitime dont on abuserait : il ne peut y avoir aucune relation sexuelle licite entre un adulte et un enfant. Si ces crimes sont bien le résultat d’un abus, c’est d’abus de confiance et/ou de pouvoir qu’il s’agit. Les personnes qui ont été victimes de tels actes en sont marquées à jamais : elles sont de véritables survivants. On ne saurait leur demander de préserver le secret : si la transparence absolue est tyrannique, le secret de ce qu’on oblige à taire est totalement destructeur. Quant au scandale, il réside, suivant le sens évangélique de ce terme, dans cette atteinte aux plus petits, aux plus vulnérables. Mais on a souvent perverti ce terme dans notre Église en laissant entendre que ce qui était scandaleux c’était de dénoncer un prêtre, un religieux ou une religieuse, sous prétexte que c’était dire du mal de l’Église! C’est ainsi sur les victimes qu’on faisait porter la culpabilité.

Dans un deuxième temps Véronique Margron a voulu s’attarder sur le cas des religieuses agressées, dont le drame a été révélé récemment par un documentaire diffusé sur Arte,  et répondre à la question que se sont posée tous ceux qui ont vu ce reportage : comment des personnes adultes, intelligentes, ont-elles pu ainsi tomber sous l’emprise d’un prédateur sexuel ? En fait c’est parce que l’être humain est toujours en construction que ces phénomènes d’emprise sont possibles. L’agresseur met à profit des situations de vulnérabilité : échecs graves, deuils, mais aussi tout simplement une période de formation où il est nécessaire de s’ouvrir pour progresser dans la voie choisie, et encore plus s’il s’agit de la vie religieuse. Alors l’agresseur procède en trois étapes : « Il suffit que tu t’appuies sur moi » dit-il, faisant fi de toutes les médiations : tradition, loi, etc. Et il insiste sur la nécessité d’un sacrifice douloureux. Il finit ensuite par obtenir que la victime croie qu’elle veut ce que lui-même veut : vice terrible de consentement. Enfin il se sert du nom de Dieu pour agir contre son frère : véritable trahison de l’autorité divine, en infraction totale au Décalogue, qui prescrit de ne pas prononcer à faux le nom de Dieu (Dt 5, 11).

La troisième partie a évoqué rapidement, faute de temps et pour ne pas répéter purement et simplement la dernière partie du livre[1], qui énumère les « Douze travaux de l’Église », quelques pistes pour en sortir. Tout d’abord il s’agit de donner toute leur place aux victimes et de répondre à leurs interpellations : comment dire, après de tels crimes, que Dieu est bon, que l’Église est mère ? Ensuite il est nécessaire de s’interroger, comme nous le demande le pape François, sur le cléricalisme. Il faut désacraliser la figure du prêtre, pour éviter les risques de toute-puissance, et mieux faire reposer l’Église sur le sacerdoce commun des baptisés. Enfin nous avons besoin de l’aide des autres, de leurs compétences, de leur expérience et de leur soutien, bref nous avons besoin de la société tout entière.

Ce qui nous arrive n’est pas un simple accident dans l’histoire de l’Eglise, a conclu Véronique Margron, c’est un mal profond, qui nous oblige à une conversion.

Les questions, comme on pouvait s’y attendre, ont été nombreuses et les débats auraient pu se poursuivre fort avant dans la nuit si on n’avait pas fixé une limite horaire ! La plupart des interventions ont porté sur l’évolution nécessaire de l’Église. Des réponses de Véronique Margron, je ne retiendrai que les quelques éléments suivants. Ce qui doit mourir dans l’Église c’est une certaine arrogance : on aimerait tant une Église qui se pose en humble servante de l’humanité ! Il faut également mieux distinguer les rôles et faire le deuil des prétendus « hommes forts », tentés par la toute-puissance: l’ordination ne donne pas tous les pouvoirs ni toutes les compétences. Si l’obéissance, au supérieur, à l’évêque, est tellement importante et respectable dans l’Église, cette notion se comprend mieux si on précise que c’est d’abord à nous tous, sans exception et quelle que soit notre place dans la hiérarchie ecclésiastique, d’obéir au Christ et à son Esprit.

Jean-Louis GOURDAIN

[1] Un moment de vérité, Albin Michel, 2019

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