Abus sexuels dans l’Église: entre cléricalisme et dénis

Depuis plusieurs années[1], les scandales sexuels secouent l’Église : abus sexuels sur mineurs aux États-Unis[2], en Irlande, en Pologne…[3], abus sexuels sur des religieuses en France…[4], orgies et relations homosexuelles au Vatican[5]

Chacun s’interroge. Différentes explications sont proposées. Certains accusent le cléricalisme : l’Église institutionnelle serait trop hiérarchisée, les clercs masculins auraient trop de pouvoir, les femmes et les laïcs seraient trop cantonnés à une place subalterne[6]… D’autres avancent des arguments psychoaffectifs : les clercs seraient mal formés, affectivement immatures, isolés par le célibat imposé[7]… D’autres encore proposent des arguments sociologiques : l’affaiblissement du rôle encadrant des institutions, la disparition des tabous et la libéralisation des mœurs, l’atténuation des différences de comportements entre générations… Ces explications sont toutes recevables et ne sont pas exclusives les unes des autres. Mais elles ont pour point commun d’externaliser les causes des abus sexuels.

Des arguments s’opposent à ces explications et aux solutions proposées qui en découlent. Les abus se pratiquent au sein d’autres institutions que l’Église : dans l’Éducation nationale, dans des familles[8]…  Les abus ne sont pas commis que par des clercs, et donc des célibataires, mais aussi par des personnes mariées ou vivant en couple. Les abus ne sont pas majoritairement commis par un supérieur hiérarchique. La plupart sont causés par un collègue, un proche, un familier. Les abus ne sont pas commis que par des adultes mais aussi par des adolescents. La très grande majorité des abuseurs sont des hommes. L’Église n’échappe pas à la mentalité et au fonctionnement des sociétés dans lesquelles elle s’insère[9].

La sexualité exprime la conception de l’autre et le rapport de soi à l’autre. Beaucoup d’adultes ont longtemps prêté aux enfants les mêmes caractéristiques sexuelles que les leurs. Longtemps, les relations sexuelles imposées par des adultes à des mineurs ont laissé indifférent voire ont bénéficié d’une certaine complaisance[10]. Les milieux libertaires ont, un temps, cherché à faire reconnaître l’existence d’un désir sexuel chez l’enfant et ont réclamé un  « droit à la pédophilie ». Certains auteurs littéraires, photographiques ou cinématographiques ont cherché à populariser le fantasme de la « jeune fille » et une sexualité initiatique. Plus généralement, beaucoup d’hommes font peser sur les femmes des contraintes sans cesse renouvelées dans leurs expressions. Les générations post « révolution sexuelle » des années 1960 cherchent à imposer leur conception d’une sexualité dite « libérée » : une activité ludique et sans engagement, de multiples partenaires de genres et d’âges différents, des pratiques variées… En réalité, la sexualité exprime, le plus souvent, des rapports de domination. Un sondage Ipsos, réalisé en 2016 par l’association Mémoire Traumatique et Victimologie auprès des Français des deux sexes, révèle que plus de 20% des sondés considèrent que certaines femmes ne savent pas ce qu’elles veulent et aiment être forcées… Ce que l’on regrette est que l’Église n’échappe pas aux violences sexuelles.

Faire du cléricalisme la cause des abus sexuels et proposer la fin du cléricalisme comme la solution à ces abus semble relever d’un lien logique raccourci. En effet, deux interprétations du problème sont possibles : soit l’institution cause les abus par son organisation et son fonctionnement soit elle permet à des individus particuliers d’y créer des « niches » permettant d’y commettre des abus. Ces deux interprétations ne sont pas exclusives l’une de l’autre. Un comportement, un acte résulte toujours de la rencontre entre une psychologie et un environnement.

L’Église est indéniablement une organisation où s’exerce « la domination masculine »[11]. S’il n’est pas question d’affirmer que les membres du clergé sont tous des pervers et/ou des pédophiles, il est certain que les dysfonctionnements institutionnels permettent la création de « niches » favorisant les abus sexuels. Il est indéniable qu’il existe un lien entre pouvoir, sexualité et violence, et qu’une réflexion sur le fonctionnement de l’institution ecclésiale est nécessaire. Le pape François l’écrit : « dire non aux abus c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme »[12]. Il attire l’attention sur un mécanisme, un mode de rapport entre clercs et laïcs, sur le fait que certaines pratiques sont institutionnalisées. De fait, la sacralisation du clerc et le rapport hiérarchique établi  favorise les abus. En effet, cette organisation permet d’utiliser les stratégies connues du prédateur : abus de position sociale ou hiérarchique, abus de genre, abus de l’autorité intellectuelle et morale, posture de dévouement…

Mais le pape François pose davantage le problème du pouvoir des clercs sur les laïcs, en général, qu’il ne propose de réflexion sur les abus sexuels. Il semble persuadé que faire participer les pères et les mères de famille aux responsabilités de l’Église remédierait aux abus. Certaines réformes sont nécessaires. Mais elles répondent surtout à une volonté générale de changement de gouvernance qui se pose aussi dans les autres institutions ou dans les entreprises. Cette volonté s’explique de multiples façons et pas seulement par la volonté de lutter contre le harcèlement et les abus sexuels. Le problème des abus sexuels est spécifique et nécessite de le traiter spécifiquement. Il nécessite de réfléchir à deux mécanismes psychologiques négligés par les études portant sur le lien entre cléricalisme et abus sexuels : l’emprise et la perversité.

Le pervers a des stratégies désormais bien connues[13]. Il utilise des mécanismes psychologiques précis comme le clivage, le déni et l’identification projective. Ces mécanismes lui permettent de conserver une bonne image apparente tout en martyrisant sa victime sans sentiment de culpabilité ni remords. N’utilisant ses capacités d’empathie que dans un but d’asservissement, le pervers ne ressent aucun affect pour sa victime. Pire, il se nourrit de sa souffrance.

Le pervers construit une relation d’emprise. Il choisit une personne isolée ou qu’il isole. D’abord, il  séduit. Il ne quitte pas sa victime, imposant sa présence comme indispensable. La phase de séduction permet de contourner la méfiance naturelle développée vis-à-vis d’un tiers. Le pervers joue le rôle du confident, de l’ami qui ne peut vouloir que du bien. Puis il dévalorise, menace de rejeter sa victime. Utilisant les injonctions paradoxales, le chantage affectif, il manipule l’angoisse d’abandon de l’autre. Son objectif est de développer une relation de subordination et de dépendance. La victime s’attache par son manque. Elle espère que l’autre finira par le combler. Flattée d’avoir été choisie, la victime se méprend sur les intentions de l’autre. Elle se retrouve, malgré elle, dans une posture de demande, en situation permanente de dette : elle doit être complétée pour exister, et donner pour continuer à recevoir. Elle finit par avoir ses défenses intellectuelles et affectives brisées. Elle se retrouve dans une situation de confusion qui l’empêcher d’identifier la relation comme anormale et toxique, et la mène à accepter l’inadmissible. Le pervers la déstructure, la vide de sa personnalité. À la fin du processus d’emprise, la victime se retrouve dépendante et soumise.

La victime est le plus souvent une personne empathique, sincère et désireuse d’aider autrui. À l’inverse du pervers, elle projette de l’amour, renarcissise son partenaire. Paradoxalement ce sont ces qualités qui font que le pervers la choisit comme victime. Car ces qualités ont leurs revers. La victime peut faire plaisir jusqu’au sacrifice d’elle-même, culpabilise d’être imparfaite, a des difficultés à analyser objectivement les situations affectives. Elle est capable de tous les excès car elle est, le plus souvent, à la recherche de son image, de sa personnalité. Le regard et l’approbation d’autrui lui sont indispensables pour vivre et survivre. En réalité, par son dévouement et ses bonnes actions, la victime cherche à écarter des angoisses de nature enfantine et à se renarcissiser elle-même. Elle est, le plus souvent, incapable de vivre pour et par elle-même. En quête permanente d’amour et de reconnaissance, confondant le désir de l’autre avec le sien, incapable de sortir de la répétition de ses actions, elle possède une faille narcissique dans laquelle le pervers s’engouffre. Celui-ci lui apparaît comme la personnalité structurante dont elle manque. Le pervers impose souvent une figure paternelle fustigatrice. Mais la relation établie n’est qu’illusion.

Le pervers veut tout de l’autre, ne veut renoncer à rien. Sa domination doit être absolue. La relation d’emprise peut aboutir à une excitation de forme sexuelle. Le pervers exprime un désir qui ne vise pas à la création d’un contact ou à un partage. Ce désir ne se satisfait que dans un acte sexuel auquel la victime ne pense avoir d’autre possibilité que de se soumettre. La victime se plie aux exigences de son agresseur car répondant à un conditionnement. Le pervers s’appuie sur la confusion et la désorientation qu’il a su créer, plaçant sa victime dans un état hypnoïde. Il « chosifie » l’autre devenu un objet fonctionnel, impersonnel, contraint et méprisé. Il renouvelle son désir par la jouissance de la transgression d’un interdit et par le plaisir de blesser l’autre. Le pervers séduit pour violer, viole pour détruire[14]. Son emprise est totale lorsque la victime se révèle être incapable de le détester et retourne sa haine contre elle-même.

La réforme du fonctionnement ecclésial relève d’une nécessité de gouvernance. Mais pour la rendre efficace dans la lutte contre les abus sexuels, l’institution devra affronter deux dénis.

Le premier déni porte sur la souffrance des victimes[15]. La victime ne bénéficie en général d’aucune solidarité ni d’aucune protection[16]. Si elle prend le risque de raconter, elle subit le plus souvent un discours moralisateur et culpabilisant : il lui est demandé de relativiser, de se remettre en cause, d’apprendre à se protéger… Ce discours est imposé au mépris de toute réalité psychologique. En effet, toute violence sexuelle a des répercussions sur la santé physique et mentale à court, moyen et même long terme[17]. Ces répercussions sont d’autant plus fortes que la victime en a subi plusieurs formes. La victime de multiples violences sexuelles a une santé plus mauvaise que celle d’un seul cas de violence sexuelle. La victime peut souffrir de douleurs physiques quasi permanentes affectant sa sexualité et son quotidien (douleurs mécaniques mais aussi « fantômes »). Elle peut présenter des troubles anxieux et dissociatifs, des troubles du sommeil et alimentaires, subir des dépressions conduisant à des tentatives de suicides, développer des addictions et des conduites à risques, souffrir de troubles cognitifs (de l’attention et de la mémoire) et affectifs (manque de confiance, difficulté à aimer)… Elle perd l’estime d’elle-même, développe sentiments de honte et de culpabilité. Il est maintenant prouvé que le traumatisme n’est pas seulement psychologique mais neurologique. La victime subit un psychotraumatisme qui altère l’architecture du cerveau, portant atteinte, par des réactions inflammatoires et métaboliques, au système nerveux, immunitaire et endocrinien. La mémoire traumatique empoisonne quotidiennement la vie de la victime qui se retrouve à douter d’elle-même, à tout questionner sans fin, à se sentir en insécurité permanente. La vie sociale est soumise à des stratégies de survie fondées sur le contrôle, l’hyperactivité mais aussi l’évitement et le refus de changement. L’espérance de vie est affectée.

Le deuxième déni porte sur la sexualité. L’Église a, à partir des épîtres de Paul de Tarse, développé une angoissante théologie de la sexualité. Paul est le premier à prôner l’abstinence (1, Co 7, 1) et à vouer à l’enfer celui ou celle qui commet le péché de chair (Ga 5, 16-21).  Il restreint le mariage aux personnes incapables d’abstinence (1, Co 7, 9). Augustin d’Hippone restreint la sexualité à la procréation. À leur suite, une tradition théologique assimile le sentiment amoureux à une faiblesse de l’âme et le désir à une tentation causée par le diable. Le désir n’est plus d’origine naturelle mais devient contre nature. Il devient concupiscence et péché. L’acte qui en découle souille ceux qui le réalisent. Le plaisir ressenti détourne de Dieu et voue à l’Enfer. Refoulant le désir, codifiant la sexualité dans le cadre du mariage, valorisant la virginité et l’abstinence, l’institution ecclésiastique a progressivement imposé de lutter contre les désirs et les plaisirs du corps et de l’esprit[18].

L’Église n’est pas tant un lieu d’abus sexuels qu’une institution qui protège les coupables. Elle a trop longtemps choisi de minimiser les actes subis et la souffrance endurée par les victimes et de protéger les coupables, au mépris des lois. La prédation n’a rien à voir avec le désir sexuel ou avec des pulsions liées à de quelconques manques affectifs. Des hommes qui se considèrent comme supérieurs s’octroient le droit d’exercer, de manière impunie, une domination sur des femmes et es enfants isolés ou placés sous leur responsabilité. Les abus sexuels sont des délits. L’Église doit renoncer à protéger les prédateurs et accepter que la justice joue son rôle. Comment le Vatican peut-il se prévaloir de l’immunité diplomatique pour éviter qu’une éminence ne comparaisse comme témoin comme le réclame la justice française ? Comment affirmer que le secret de la confession n’est pas négociable lorsque des enfants sont en danger ? Comment continuer à proclamer que « le peuple de Dieu est infaillible » alors que de tels abus sont commis ? La première réforme consiste à éliminer la situation d’impunité. La protection des prédateurs sexuels est amorale, condamnable et devrait être, sans échappatoire possible, sanctionnée. L’accompagnement psychologique et juridique des victimes est une nécessité et un devoir. Les très récentes obligations imposées par le pape de dénoncer les abus tout en préservant le secret de la confession changeront-elles le fonctionnement de l’institution[19] ?

L’Église a trop longtemps développé et enseigné une anthropologie marquée par la condamnation du désir et du plaisir et par l’affirmation de la supériorité de l’homme sur la femme. Cette anthropologie doit peu aux évangiles et beaucoup au stoïcisme antique qui a nourri les réflexions et les écrits des Pères de l’Église et des théologiens médiévaux[20]. En assimilant la pratique des vertus comme une fin en soi et donc le bien à l’exercice des vertus, en imposant l’idée que l’acte humain vertueux doit répondre à un ordonnancement parfaitement logique et rationnel, le stoïcisme rejette l’idée d’un désir naturel tourné vers le bien et nie l’affectivité humaine. Cette source philosophique a influencé la lecture patristique et médiévale du récit de la chute de la Genèse. Faisant d’Ève celle par qui le péché est entré dans le monde, l’Église a dévalorisé la valeur morale des femmes. Définissant le péché originel comme celui de chair, l’Église a contribué à faire des femmes des coupables et des hommes des victimes de leurs charmes voire de leur perfidie[21]. Ces théories ne sont plus tenables, ni théologiquement, ni anthropologiquement. L’Église doit réfléchir à la place de la sexualité et de l’affectivité dans toute vie humaine et proposer une anthropologie qui ne soit pas coupée des apports des sciences humaines et des neurosciences et qui permettent de mieux définir les modes de comportement.

La lutte contre les abus est à ce prix. Mais l’espérance est permise.

Camille FOURCAULT et Jean-Marc GOGLIN

 

[1] Les études montrent néanmoins que le pic d’abus se situe entre les années 1960 et les années 1980.

[2] Connues surtout depuis les révélations du Boston Globe en 2002. Voir le film Spotlight, sorti en salle en 2016. https://bulletintheologique.wordpress.com/2018/09/22/spotlight-un-film-sur-la-pedophilie-dans-leglise/

[3] M.-J. THIEL, L’Église catholique face aux abus sexuels sur mineurs, Paris, Bayard, 2019.

[4]https://www.la-croix.com/Culture/TV-Radio/Abus-sexuels-religieuses-victimes-temoignent-2019-03-05-1201006568

[5] F. MARTEL, Sodoma : enquête au cœur du Vatican, Paris, Robert Laffont, 2019.

[6] H. LEGRAND, « Abus sexuels et cléricalisme, Études, 4, 2019, p. 81-92.

[7] Cet argument est devenu classique depuis E. DREWERMANN, Les fonctionnaires de Dieu, Paris, Albin Michel, 1993.

[8] R. PERRONE, M. NANNINI, Violence et abus sexuels dans la famille, Paris, ESF, 2006.

[9] M. SALMONA, Le harcèlement sexuel, Paris, Que sais-je ? P.U.F., 2019, p. 80-87.

[10] M.-C. AMBROISE-RENDU, Histoire de la pédophilie. XIXe s-XXIe s, Paris, Fayard, 2014.

[11] P. BOURDIEU, La domination masculine, Paris, Seuil, 1998.

[12] FRANÇOIS, Lettre au peuple de Dieu, 20 août 2018, n°2.

[13] J. BERGERET, La structure normale et pathologique, Paris, Dunod, 1976, 3e éd. J.-C. BOUCHOUX, Les pervers narcissiques, Paris, Eyrolles, 2009. N. JEAMMET, F. NEAU, R. ROUSSILLON, Narcissisme et perversion, Paris, Dunod, 2004.

[14] C. BALIER, Psychanalyse des comportements sexuels violents, Paris, P.U.F., 1998.

[15] Pourtant, un colloque scientifique sur les abus commis par des prêtres, organisé à Rome en 2003, a souligné l’importance des séquelles.

[16] D. FASSIN, R. RECHTMAN, L’Empire du traumatisme. Enquête sur la condition de victime, Paris, Flammarion, 2007.

[17] M. SALMONA, Le livre noir des violences sexuelles, Paris, Dunod, 2018, 2e éd. B. VAN DER KOLK, Le corps n’oublie rien, Paris, Albin Michel, 2018. O. VAN DER HART et alii, Le Soi hanté, Bruxelles, De Boeck, 2010.

[18] S. STEINBERG dir., Histoire des sexualités, Paris, PUF, 2018.

http://www.lemondedesreligions.fr/dossiers/sexe-religion/une-histoire-du-refoulement-chretien-01-07-2009-1881_181.php

[19]https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/05/09/le-pape-francois-oblige-legalement-le-clerge-a-signaler-des-agressions-sexuelles_5460001_3224.html

[20] M. B. INGHAM, La vie de la sagesse. Le stoïcisme au Moyen Âge, Paris-Fribourg, Cerf-Academic Press, 2007.

[21] J.-P. ROUX, La femme dans l’histoire et les mythes, Paris, Fayard, 2004.

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