Conférence d’Isabelle Cohen

Un monde à réparer - Isabelle CohenCe 22 mai au Centre diocésain de Rouen a eu lieu la conférence d’Isabelle Cohen, l’auteur d’Un monde à Réparer, nouvelle traduction commentée du livre de Job paru en 2017 chez Albin Michel. La séance a rassemblée une vingtaine de personnes. Nous devons cette rencontre à Michèle Beauxis-Aussalet, lectrice du livre, qui l’avait déjà présenté dans le Bulletin en deux articles (ici et ), et qui même si elle n’a pas pu se rendre présente, avait prévu la « journée rouennaise » d’Isabelle Cohen, en organisant pour elle des visites de la ville et un accompagnement amical.

La conférencière a donc présenté son ouvrage, qui lui a demandé 10 ans de recherches, en insistant sur la méthode de travail qui fut la sienne, les résultats qu’elle a pu obtenir, et les enseignements qu’elle en a tiré, par exemple concernant la dénonciation du parallélisme souvent fait entre la souffrance du juste Job, et celle du peuple juif durant la Shoah. Mais aussi celui qui fait du livre de Job, de manière plutôt contre-intuitive, une réflexion sur la fraternité. Enfin, contrairement à ce qu’une théodicée mal informée pourrait penser, selon laquelle « les voies de Dieu sont impénétrables », Isabelle Cohen affirme que le livre contient bel et bien des réponses quant à l’attitude divine; il suffit de bien lire (et elle s’est refusée à livrer toutes les réponses qu’elle avait trouvées, préférant renvoyer chaque lecteur vers son acte de lecture).

Job, explique la traductrice et historienne de la pensée hébraïque, représente le type du juste, ou du sage (tsaddiq), que le commun des mortels n’est pas. Lui, Job, il va pouvoir passer par l’épreuve pour atteindre un accomplissement sous forme de transfiguration, et en cela il est une figure de sainteté (kadosh). Au contraire, l’homme (ou la femme) intermédiaire que la majorité des êtres humains ne peuvent pas s’empêcher d’être, n’auront pas cette épreuve purificatrice. Eux, même s’ils ne le font pas volontairement, abîment le monde, que la souffrance du juste va en quelque sorte pouvoir réparer. Cette réparation consiste en la reconquête d’un équilibre entre donner et recevoir pour que le monde (re)devienne habitable par Dieu. L’homme intermédiaire, lui, toujours prisonnier de sa pulsion de prendre, ne sait pas donner. Il ne sait que prendre, accaparer pour lui-même (c’est cela le mal). Mais le juste aura cette mission d’introduire la sainteté dans le monde, d’en chasser le mal.

Quand on n’a dit cela, on n’a certes pas tout dit, et Isabelle Cohen encourage ses lecteurs à fureter, pas à pas, dans le poème de Job, qui malgré sa longueur et son apparente difficulté contient une remise en cause complète de la doctrine de la rétribution, souvent associée à l’histoire de la souffrance injuste de son héros, et que, en tant que parole poétique mise par écrit, elle décrit comme « de l’infini contracté dans du fini »…

Isabelle Cohen signale aussi qu’elle a mis en ligne un cours en 6 parties sur le livre de Job sur le Campus numérique juif Akadem, dont voici le premier: http://www.akadem.org/sommaire/cours/bible-la-faille-de-job-isabelle-cohen/job-un-poeme-sur-l-amitie-12-09-2017-94029_4758.php Les personnes intéressées trouveront d’autres ressources que l’historienne a mises en ligne.

Yves Millou

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