Christine Pedotti, Qu’avez-vous fait de Jésus?

Dans les circonstances actuelles et plus généralement, dans un courant  qui fait de l’Église une institution cléricale oubliant son « Peuple» et sa mission Dans son dernier livre, Christine Pedotti, utilise le ton de la colère pour s’adresser à « Messieurs les responsables de l’Église catholique ». Il s’agit bien de viser les membres de l’appareil de l’institution catholique qui sont des hommes et plus précisément des clercs. La colère est déclenchée par la révélation de l’ampleur et du sordide des crimes sexuels accomplis par des prêtres et, surtout, par le système qui les a permis et qui, parallèlement étouffe le meilleur chez les autres.

En demandant aux prêtres, aux évêques, et même aux papes « qu ‘avez-vous fait de Jésus ? », elle dénonce l’essentiel : l’auto-défense de l’appareil clérical qui -en prenant tous les pouvoirs- a pris le pas sur l’annonce de l’Évangile. Elle interpelle sévèrement les responsables qui n’ont pas su, pas vu, pas pu et pas compris la gravité des agressions sexuelles de ses membres et les en empêcher. C’est, selon elle, la vision cléricale de la sexualité qui est le virus initial. Vision rétrécie, rigide et frigide, devenue idéologique, instrument de contention des fidèles, de contrainte des esprits et des corps, ayant produit la plus grande part des enseignements doctrinaux et des discours et autres sermons depuis des décennies, donnant aux femmes comme modèle schizophrénique une mère-vierge.

Elle déplore -stricto sensu- la confusion entre le péché et le crime qui a conduit à « gérer » les crimes sexuels du clergé par une confession, une retraite dans quelque monastère et …un simple changement d’affectation. Péché qui « appellerait » le pardon des victimes alors qu’il s’agit de crimes dont il faut rendre justice ! Confusion et dysfonctionnement suscités également par la place à part (« sacrée ») que se donnent à eux-mêmes les clercs, à commencer par l’usage de titres dont le plus modeste en apparence, Père, est pourtant clairement proscrit par Jésus qui, comme les juifs avant lui, connaissait le caractère insidieux de l’idolâtrie. De même quand l’Église est présentée comme une mère qu’il faut aimer.

L’auteur constate que cette place-à-part du clergé l’autorise à la prolixité sur les questions sexuelles et au silence ou aux mensonges sur les questions de pouvoir : mensonge quand on parle de service et exerce un pouvoir quasi absolu, qui serait conféré par l’ordination comme si elle palliait toutes les ignorances, incapacités, défauts et abus. Elle dénonce, comme il se doit, l’assimilation abusive du prêtre au Christ alors que la « configuration » au Christ est, comme l’appel à la sainteté, la vocation de chaque baptisé. Christine Pedotti rappelle que les pouvoirs qui ne sont pas régulés s’égarent et, si la démocratie est le moins mauvais des systèmes politiques, une dose de démocratie fait gravement défaut dans l’Église.

Christine Pedotti fait sienne la dénonciation du pape François selon lequel le cléricalisme est la source des abus qui défigurent l’Église : abus sexuels, abus de pouvoir, abus de conscience. Mais elle constate que, jusqu’à présent, la réforme systémique et structurelle des rapports entre clercs et laïcs qu’appelle le pape n’est pas même amorcée. Elle dresse un réquisitoire à l’égard des évêques responsables de l’omerta visant à défendre l’institution plutôt que les victimes et le service de l’Évangile.

En même temps, elle dit son angoisse devant une Église qui s’effondre, même si elle a traversé  d’autres crises.  Il y a urgence, écrit-elle, à réguler, contrôler, partager les responsabilités pour éviter les corruptions du pouvoir. Son inquiétude est à la mesure de sa foi et de son espoir dans la catholicité  de l’Église. Face au désastre, elle en appelle au peuple de Dieu tout entier et donc d’abord aux laïcs (dont la moitié sont des femmes) écartés par l’institution. Elle appelle à l’ordination d’hommes et de femmes mariés sachant que cela ne résoudra pas tout car le cléricalisme est aussi le fait des laïcs. Pour conclure, Christine Pedotti fait preuve d’espérance, rappelant que « la mort est toujours le début de la résurrection »

Au total, la colère exprimée me semble saine et sainte car elle est justifiée. La gravité et le nombre des crimes révélés retirent tout crédit à ceux qui ont fait de l’Église un bastion moralisant pourri de l’intérieur par des criminels, des déviants, des pharisiens hypocrites. Son réquisitoire est centré sur les abus sexuels et de pouvoir (en particulier sur les consciences) mais les hommes, mêmes prêtres étant ce qu’ils sont, nul doute que l’on découvrira que les scandales financiers d’un système opaque ne sont pas moins nombreux (mais moins graves car ne faisant pas directement de victimes personnelles).

S’agissant de la confiscation de tout pouvoir aux laïcs de toute vocation, pourrait-on dire, elle montre bien comment l’Église « Peuple de Dieu » selon la constitution conciliaire est (re)devenue, aux yeux du plus grand nombre – y compris des croyants -, seulement une institution cléricale. La vocation baptismale, le « sacerdoce commun » de tous les fidèles est nié alors que les grâces surabondent. L’ouverture du ministère presbytéral aux femmes et la suppression du célibat obligatoire pour les prêtres ne suffiront pas. Il faudra revoir les fonctions sacramentaires, d’évangélisation et de gestions dans l’esprit d’une coresponsabilité avec les laïcs. Il faudra aussi établir une certaine séparation des pouvoirs, leur limitation, ou variation dans la durée de vie des ministres-serviteurs, ainsi que leur contrôle, comme il est de mise dans toutes les institutions profanes non totalitaires.

Peut-être aussi ne faudrait-il pas lier la catholicité (c’est à dire l’universalité) de l’Église, dessein de Dieu, à l’Église « catholique romaine ». Si « l’Église comme société constituée et organisée en ce monde, subsiste dans l’Église catholique » (Lumen Gentium 8), on peut imaginer que même si l’institution humaine appelée « Église catholique romaine » venait à s’effondrer, le christianisme, l’Église Peuple de Dieu perdureraient et le Royaume de Dieu adviendrait. N’est-ce pas de la Bonne Nouvelle annoncée par Jésus, le Christ, qui importe avant tout ? Messieurs, qu’avez-vous fait de Dieu ?

Bernard PAILLOT

 

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