Le labyrinthe de Chartres

Labyrinthe de ChartresPourquoi s’attarder sur ce détail architectural de la cathédrale aimée de Charles Péguy ? C’est la question très ciblée que nous poserons à propos de ce sanctuaire marial qui attire les pèlerins en foule aussi bien que les étudiants en école d’art, les fondus d’ésotérisme, les simples touristes, les voyageurs avertis, les « amis » de ce lieu rayonnant de spiritualité… C’est parce que ce labyrinthe est fait pour être parcouru et qu’on ne s’y perdra pas, le chemin est unique. En outre il est lié à une liturgie de Pâques disparue. « Le labyrinthe de Chartres n’est (…) pas un outil de dévotion individuelle mais le seul témoin encore existant, sous l’aspect d’un marquage au sol, d’une liturgie originale, propre à quelques cathédrales et à la journée de Pâques. L’objectif était ambitieux : partager visuellement la grâce du Christ ressuscité victorieux du mal, ouvrir à sa suite un chemin d’éternité, sous une forme qui ne soit pas seulement cérébrale mais aussi gestuelle » conclut Gilles Fresson pour le Rectorat de la cathédrale de Chartres, sur le site en référence ci-dessous[1].

Certaines interprétations modernes sont différentes (par exemple dans la mouvance du New Age) et depuis les années 70 d’ailleurs le labyrinthe a pu être reproduit, pour des usages « thérapeutiques », une recherche d’équilibre psychique, de bien-être, en particulier aux USA, dit-on. Gilles Fresson mentionne ces interprétations, mais cet article les écarte volontairement. Nous nous concentrerons sur l’idée de parcours symbolique à visée religieuse. Cet article reprend l’exposé de Gilles Fresson, qui mérite d’être lu intégralement sur le site mentionné ci-dessous car il est beaucoup plus copieux.

Définition et antiquité des labyrinthes

Créé par le CNRS, le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL) récapitule utilement les usages du vocabulaire français. Il suffit de lire l’article « Labyrinthe  » pour se remémorer l’essentiel et d’abord l’antique légende d’Ariane et Thésée. Citons ce lexique[2]:

 − MYTH. et HIST. ANTIQUE. Vaste enclos antique comportant un réseau de salles et de galeries, souterraines ou en surface, enchevêtrées de manière qu’on puisse difficilement en trouver l’issue. (…) Lorsqu’Ariane (…) accompagna Thésée aux portes du labyrinthe pour l’aider à tuer le monstre (Balzac, Physiol. du mar., 1826, p. 70).

La connotation du substantif « labyrinthe » est bien l’idée de complication telle qu’on risque de se perdre, de ne jamais s’en sortir sauf si on possède le fameux fil d’Ariane, cette pelote, déroulée à l’aller, enroulée au retour, qui permet au héros grec de retrouver son chemin et de ressortir indemne après avoir tué le Minotaure, le monstre crétois à corps d’homme et tête de taureau. Cela est vrai au sens spatial aussi bien qu’intellectuel. Or les chrétiens ont dans le Christ le moyen de cheminer vers leur salut malgré le réseau inextricable du mal qu’ils affrontent au cours de leur existence et c’est ce qui serait symboliquement le sens du labyrinthe au sol de la cathédrale de Chartres. Dans ce labyrinthe le chemin, et ce chemin est unique, est tracé. C’est le Christ. On ne peut pas se perdre. D’où un usage spécialisé du terme, en architecture. Citons le même lexique :

ARCHIT. Dallage en méandres du pavement de certaines églises au Moyen Âge. Synon. dédale, chemin de Jérusalem (Dict. XIXe et XXe). 

Description du labyrinthe de Chartres

« Sur le pavement de la nef, les contours du labyrinthe ont été incrustés en pierre sombre, celle-ci provenant vraisemblablement des Ardennes, près de Givet. L’extrême complexité du travail de taille et d’insertion des pierres sombres doit être soulignée. La place des joints, étudiée, a permis d’utiliser un nombre assez réduit de gabarits. A ce titre, les pierres blanches, au nombre de 272, qui matérialisent le chemin ont dû être réalisées dans un second temps, à partir de la même carrière qui a servi à l’édifice entier, située à Berchères. On notera leur longueur irrégulière et le fait que certaines parmi elles ont dû être fracturées ou remplacées.

Le parcours, qui ne subit pas moins de quatre ‘tournants’ et trente ‘épingles à cheveux’ n’en représente pas moins un chemin unique, suivant lequel il est impossible de se perdre. On y fait d’abord les cercles les plus intérieurs avant de poursuivre sur ceux qui sont les plus éloignés du cercle où l’on aboutit finalement. L’objectif, qui tient du jeu d’intelligence, est de ramasser dans une surface définie le plus long trajet possible. Onze couloirs sont utilisés à cet effet, dans lesquels la disposition adoptée laisse apparaître une croix, évidemment significative. Ce sont les particularités de ce que les spécialistes ont appelé le ‘modèle chartrain’, largement utilisé par ailleurs.

Sur la périphérie, on compte cent treize dents (cent quatorze si l’on y ajoute celle qui correspondrait au couloir d’entrée) tandis qu’une rose à six lobes occupe l’espace central avec un effet de dissymétrie dû à l’existence du même couloir, servant à l’arrivée. Le labyrinthe est établi en un point essentiel du plan de la cathédrale, son centre indiquant l’angle d’un carré « formatif », reliant par ailleurs le centre de la courbure absidale, le centre de la façade nord et celui de la façade sud. Il sépare les trois premières travées de la nef – hors narthex – des quatre suivantes. Son diamètre est de 12,89 m, presque tangent aux piles, à l’intérieur d’un vaisseau qui est le plus large des grandes cathédrales gothiques. La largeur du chemin est de 0,34 m et le déroulé fait approximativement 261,50 m.

La symbolique des formes, des mesures ou des nombres a donné lieu à de nombreux développements. À ce jour, aucun ne semble s’appuyer sur des parallèles iconographiques et des références textuelles assez établis pour résister à une analyse critique. Tout au plus doit-on souligner que le nombre des circuits concentriques, 11, est un chiffre d’imperfection : un de plus que le nombre de Pythagore, résumant l’équilibre parfait des sphères terrestres et célestes; un de moins que le collège des apôtres, décrivant la plénitude de l’Église. »[3]

Usage actuel du labyrinthe de Chartres 

Le labyrinthe de la cathédrale de Chartres est dégagé pour les pèlerins tous les vendredis, sauf le Vendredi Saint, du début du carême à la Toussaint. Le reste du temps, il est recouvert par les rangées de chaises disposées dans la nef. Des bénévoles veillent sur la tranquillité des personnes qui parcourent le labyrinthe le vendredi en demandant aux visiteurs de contourner celui-ci. Des panneaux explicatifs et des dépliants sont mis à disposition.

Un témoignage récent (Juliette) 

« Parcourir le labyrinthe est une expérience inoubliable, profondément émouvante, une progression spirituelle imprévisible. On entre par le parvis royal et on arrive immédiatement au labyrinthe. On y entre par l’ouest, en mettant le pied sur une pierre qui inaugure le chemin. Cette pierre ouvre une brèche dans le cercle dentelé qui enserre le lacis de pierres bicolores tracé au sol. On marche pour commencer vers l’est, vers le chœur, droit vers l’autel. On aperçoit au centre du labyrinthe un autre cercle, entouré de six petites loges circulaires. 

Je me jette sans aucune préparation dans le chemin, juste assez large pour que je m’y tienne. Une grande surprise : très vite je me trouve tout près du centre, qui devient alors le but de ma marche. Le cœur battant, le corps avance, pas à pas, cherchant son rythme, le souffle raccourci par l’émotion. Je me sens soudain très seule car subitement le chemin m’éloigne, brutalement, du centre. Et puis, dans mon champ de vision (mais à la fois toute proche et éloignée par plusieurs cercles) une très belle dame, sur un fauteuil électrique  peu large et très maniable, fait une petite manœuvre pour négocier une épingle à cheveux. Son regard croise le regard de la personne qui me précède. Première rencontre avec mes compagnons de route.   

Quand j’arrive au bout d’une des premières portions du chemin, avant de virer à 180 degrés pour avancer dans le parcours, j’éprouve le besoin de m’arrêter sur la pierre semi-circulaire qui indique le changement de direction, j’éprouve le besoin de lever les yeux vers la lumière qui se révèle à travers une scène de vitrail, visible de là, si on se tient bien droit. Que de questions surgissent pendant cette contemplation… Petite parenthèse : les vitraux de Chartres ont été nettoyés et leur lisibilité est parfaite. Ils brillent de leurs merveilleuses couleurs d’origine et fourmillent de personnages et de détails, restitués pleinement à leur fonction globale, qui est de transformer la lumière naturelle du dehors (lux) en Lumière de la Jérusalem céleste (Lumen), et à leur fonction singulière de représenter telle ou telle page du Livre.

Contemplation, donc. Questions. 

J’étais seule, face à l’image. Je repars. En virant, je m’aperçois que maintenant cinq ou six personnes se règlent sur mon pas, à un mètre de distance derrière moi. J’ai l’impression de les guider, de les emmener au rythme de ma prière. Cela la renforce. Et c’est une joie. Des souvenirs affluent, souvenirs de périodes mélangées et même de rêves. A chaque virage, une nouvelle scène de vitrail. Les couleurs vives semblent des poignées de pierres précieuses. Ne pas oublier de prier ! 

Très loin du centre à présent, presque à la périphérie du labyrinthe, les segments du chemin sont démesurément longs. Un douloureux désert. Un vide. Arrêt sur une pierre semi-circulaire. Je lève les yeux : c’est l’arbre de Jessé, haute verrière d’un bleu lumineux qui console et qui se lit de bas en haut. Il faudrait repartir. Mais quand pourrais-je lever les yeux sur le Christ miséricordieux qui se trouve au centre de la rose ? 

Long cheminement encore, presque banal maintenant que le rythme est trouvé – comme dans ces périodes de la vie où tout roule… Pas de souci ! Comme on dit. Hasard des arrêts. Cette fois, en face de moi, un homme à quelques centimètres de mon visage et de mon corps effectue son stop sur la pierre circulaire qui est juste vis à vis de la mienne. Il est rieur, décontracté. Croit-il ? Ne croit-il pas ? Nos regards se croisent et nos parcours se séparent aussitôt. Je me demande si je vais affronter d’autres personnes. Cela ne me gêne pas de montrer mon visage en ce moment, même si parfois quelques larmes coulent malgré moi mais je ne veux pas voir de face le visage des orants. Quand je les aperçois de profil ou de trois quarts au fil de la marche, leur attitude montre que chacun est dans son voyage intérieur. C’est très personnel. Une femme enceinte, la main sur son ventre. Une vieille toute sèche, accrochée à son sac à main en plastique. Une jeune fille pieds nus. Beaucoup de femmes quand même ! 

Et me voilà de nouveau près de l’entrée, retour au point de départ, ou presque ! Après un long arc de cercle. Mais un moment après se propose l’autel principal, lors d’un « stop-épingle », puis une très belle crucifixion sur une verrière. Et me voilà encore près de l’entrée ! Cela ne finira donc jamais. Il faut continuer mais je n’ai plus de repères.  

Maintenant c’est moi qui suis une théorie de pèlerins. Voilà que nous attendons notre tour, soudain parvenus à trois pas du centre ! Les six loges sont occupées et le centre aussi. Une belle chose se découvre lorsque j’arrive moi-même à l’entrée du cercle qui forme le point central du labyrinthe. Une personne prie au centre. Six autres dans les logettes sont tournées vers elle et semblent l’entourer de leurs prières. J’ai parfois été portée par la prière des autres. Je suis à mon tour au centre du centre, face à l’autel et puis je tourne paisiblement  au fur et à mesure que les loges se libèrent. Je vais sortir du cercle. Je suis face au vitrail du Christ miséricordieux lorsque je relève les yeux. On ne peut pas le voir quand on entre dans le labyrinthe, ni quand on pénètre au centre. Il est alors derrière soi. Maintenant il est devant moi, évident. 

Tous ceux qui me précédaient ont disparu. Ils ont dû sortir directement face à l’autel, c’est une issue possible. Je choisis au contraire de ressortir par le même chemin en sens inverse, parcouru sans arrêt cette fois, ce qui est une autre possibilité. Je repasse par l’entrée du labyrinthe, et sors face au Christ miséricordieux. Cela a été une expérience forte, étrange et belle, qui restera unique. Recommencer, chercher à la revivre n’aurait pas de sens. C’est ce que je ressens. J’avais entrepris cette démarche en forme de soutien à des parents dont le petit enfant est très gravement malade. En réalité cela fut une chose surprenante. » 

Une liturgie de Pâques 

Au XIIIe siècle, quand le pavement a été posé, le labyrinthe avait, pense-t-on, une fonction liturgique précise. Gilles Fresson cite un texte qui se réfère certes à une pratique de la cathédrale d’Auxerre mais qui peut être rapportée aussi à la cathédrale de Chartres, un usage curieux pour nous : une danse de Pâques :

« Un texte étonnant jette sur les pratiques du labyrinthe un regard absolument nouveau. Il date du 13 avril 1396, est rédigé à l’initiative du chapitre de la cathédrale d’Auxerre et s’intitule « Ordinatio de pila facienda« . Il concerne le lundi de Pâques. On en connaît l’essentiel par un article consacré à Auxerre dans le Mercure de France et paru en mai 1726. « Ayant reçu la pelote d’un prosélyte ou chanoine nommé récemment, le doyen, ou quelqu’un d’autre le remplaçant, portant son aumusse et les autres pareillement entonnait la prose prévue pour le jour de la fête de Pâques, qui commence Victimae paschali laudes: alors bloquant contre lui la pelote de sa main gauche, il emprunte un pas à trois temps (tripudium), sur les sons répétés de la prose chantée, les autres se prenant la main, menant une danse autour du dédale. Pendant ce temps et par différentes fois, la pelote est transmise ou jetée à un ou plusieurs des choristes. Il est joué, le rythme aussi donné par l’orgue. Le chœur, après cette danse, prose et bond étant achevés, se dépêche d’aller manger ». On sait même que la pelote, au vu d’une délibération de 1412, était de couleur jaune, ne devait pas dépasser la mesure raisonnable, pourtant assez volumineuse pour ne pouvoir être tenue d’une seule main. » L’interprétation symbolique est intéressante et nécessaire. Sinon le rite peut paraître invraisemblable.

 » Résumons : Derrière l’impression d’un ‘jeu’, était en réalité représentée – symboliquement – l’une des vérités essentielles de la foi chrétienne : le Christ ressuscité. Dans l’ancienne mythologie grecque, Thésée entre dans le labyrinthe de Crète et y tue le minotaure, la créature monstrueuse qui se nourrit des enfants d’Athènes. Il en ressort à l’aide du fil d’Ariane. Dans la chorégraphie qui avait lieu au moyen-âge, le Christ (Thésée) traverse les enfers (le labyrinthe), affronte Satan (le minotaure), triomphe des puissances de la mort, offrant sa lumière (jaune) à tous ceux qui sont prêts à la recevoir : soit un chemin sûr (la pelote) vers la vie éternelle. Le Christ, à Pâques, devient le premier né d’entre les morts. Tous les hommes et femmes, au fil de l’année, sont invités à le suivre. ».

La survivance des mythes antiques ne doit pas nous étonner. Elle existe dans la culture populaire bien après la disparition des civilisations qui les ont élaborés. Ainsi on a trace au XIXe siècle d’une danse qui mime l’histoire d’Ariane et Thésée, sans doute à l’insu des participants de la fête. Gilles Fresson cite alors Le magasin pittoresque de 1838 qui décrit une danse de Mardi Gras, la danse candiote:

« Un voyageur qui en vit exécuter une nous communique le plan qu’il essaya de tracer des divers détours que firent les danseurs. C’est effectivement un véritable labyrinthe qui peut exercer la patience de notre lecteur, s’il veut suivre avec une pointe une des routes tracées, à partir de l’entrée, et chercher à parvenir au centre. Un jeune homme, précédé d’un fifre ou d’un tambour, mène la danse, en tenant de la main gauche le bout d’un mouchoir ou d’un ruban dont une jeune fille tient l’autre bout. Tous les autres se tiennent aussi par un ruban ou par un mouchoir. Le conducteur en tient un de la main droite, qu’il agite en tous sens, en lui faisant suivre les différents mouvements qu’il imprime à la chaîne. Plus la file est longue, plus il y a de plaisir à la voir suivre tous les tours et détours auxquels la soumet celui qui la dirige. Tantôt le conducteur court droit devant lui, tantôt, se tournant tout-à-coup et successivement à droite et à gauche, il fait faire à la chaîne des tours et des détours qui représentent et imitent parfaitement les contours d’un labyrinthe. Ensuite, et ceci est le plus frappant, tous tes danseurs élevant leurs bras sans rompre la chaîne, le conducteur, qu’on peut appeler Thésée, passe et repasse en silence, et comme avec une sorte de crainte, suivi de la personne qu’il tient par le mouchoir, et, après bien des essais, sort enfin tout joyeux et en sautant d’entre les bras des deux derniers de la file en agitant son mouchoir, comme le fil qui lui a servi de conducteur à travers ce dédale. La dernière figure imite parfaitement le peloton dont Thésée se servit pour sortir du labyrinthe […] la chaîne ne forme plus qu’un gros peloton qui tourne quelque temps en rond et comme sur lui-même« .

La danse de Pâques, cette liturgie bien codifiée dont on a perdu le souvenir et que restitue l’étude des textes d’archives, trouve ainsi un sens et nous permet de mieux comprendre la présence d’un labyrinthe au sol de plusieurs édifices religieux ou la représentation peinte d’un labyrinthe de plus petites dimensions aux murs d’autres églises. Le labyrinthe de Chartres n’est pas unique mais il a la particularité d’être de nouveau utilisé même si c’est autrement qu’au XIIIe siècle.

Michèle BEAUXIS

 

[1] http://www.cathedrale-chartres.org/fr/le-labyrinthe-de-chartres-enfin-devoile-,article-133.html

[2] http://www.cnrtl.fr/definition/labyrinthe

[3] Gilles Fresson, art. cit.

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