Valérie le Chevallier, Ces fidèles qui ne pratiquent pas assez

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Valérie Le Chevallier, Ces fidèles qui ne pratiquent pas assez – Editions Lessius

Ne faisons pas des non pratiquants des chrétiens de seconde zone

Les églises  se vident, à une vitesse accélérée, surtout en rural. Si 53,8% des français se disent catholiques, et si beaucoup désirent transmettre cet héritage à leurs enfants en le faisant baptiser, ils ne sont pas pour autant des « pratiquants » des messes dominicales.

Les communautés chrétiennes vivent cela comme une blessure. Et après ?

Dans un petit livre, Valérie Le Chevallier [1] invite à un sursaut salutaire. Il faut arrêter de se focaliser sur le taux de pratique, et de coller à la peau de ceux qui ne vont pas à la messe ce statut de non pratiquant qui laisse entendre qu’ils n’ont pas vraiment la foi ! Or les enquêtes qualitatives montrent que nombre de ces personnes vivent des aspects essentiels « de leur vie de foi dans son expression de prière, de pratique de la charité, d’engagements et d’éthique dans la vie sociale ». Arrêtons de fonctionner dans notre subconscient comme si « croire » se réduisait à aller à la messe ![2] En centrant tout sur la participation à l’eucharistie pour définir le pratiquant, regrette l’auteure, on a négligé le baptême qui est pourtant le socle de la communion (canon 204).

Les rencontres de Jésus dans l’Évangile 

Pour inviter prêtres et laïcs engagés à changer de regard, l’auteure s’appuie sur l’Évangile. Jésus y fait de nombreuses rencontres qui sont autant de modes de relation avec Lui, sans faire de tous des disciples. Si pour Paul, « suivre »= « revêtir le Christ », le mot suivre a plusieurs sens dans les Évangiles, à commencer par le déplacement physique des foules avides de paroles, de signes et de pain qui suivent Jésus et dont il prend soin ; il y a aussi ceux qui vivent au contact de Jésus une expérience marquante et ponctuelle et retournent ensuite à la vie ordinaire ; il y a les disciples, plus proches, qui ne sont pas nommés et enfin les Douze apôtres qui, eux, sont nommés et appelés à le suivre radicalement.

Jésus, conclut l’auteure, « donne à chacun de manière différente un héritage commun à recevoir », mais tous ne sont pas appelés à la même manière de suivre. La figure traditionnelle du disciple en est relativisée. « La bonne nouvelle, c’est que l’Evangile n’offre aucune réponse type mais bien plutôt un panel de formes d’appel et d’envoi de la part de Jésus. »

Le pape François, qui a côtoyé en Argentine, ce que l’on appelle parfois avec un certain mépris, la « foi populaire », désire lui aussi réhabiliter tous les baptisés dans le cœur de l’Église et admet que la foi catholique peut être exprimée de diverses manières.

Conversion pastorale

L’Église doit donc opérer une conversion pastorale pour se mettre à distance de ces analyses quantitatives et accepter la gratuité et la diversité de la foi. Elle doit être hospitalière, et ne pas se comporter comme gardienne d’un cheptel à conserver ou à conquérir. Valérie Le Chevalier va en effet jusqu’à dire que la foi ecclésiale ne doit pas être considérée comme un but à atteindre, d’autant plus que la notion de pratiquant ne parle plus aux générations actuelles. Et puis rien n’est écrit, une rencontre personnelle peut médiatiser cette foi endormie ou sans voix. « La foi est un processus relationnel que Dieu seul peut connaître en vérité ».

Concrètement ?

L’auteure interroge : pourquoi la foi des « non pratiquants » ne s’exprime-t-elle pas dans nos paroisses ? Ne sommes-nous pas un peu responsables de leur abandon par fatigue ou désintérêt d’une communauté ecclésiale qui ne leur correspond plus ? Ce crible du taux de pratique qui fonctionne encore dans les subconscients des laïcs engagés ne les bloque t-il pas pour recevoir positivement la foi de ceux qui ne pratiquent pas, et ne favorise pas l’ouverture qui les ferait se sentir vraiment chez eux quelque soit leur degré de pratique.

Que fait-on pour les écouter, leur donner la parole ?

 « La mission des fidèles intégrés dans l’Église est d’aller marcher à côté des baptisés qui, comme les  disciples d’Emmaüs, traversent la vie quotidiennes  sans y faire naturellement le lien entre amour, éthique et Évangile. Ce lien n’est pas fait, souvent faute de  mots, de pédagogie des passeurs ». Il faut leur proposer des espaces de parole de mise en récit de ce qu’ils vivent de leur foi, solliciter leur compétence, faire attention à leurs goûts et désirs… pour développer le « sacrement » que sont ces personnes dans le monde. A ce compte-là, la foi populaire peut même avoir une force évangélisatrice nouvelle

Beau et difficile programme ! Quant à ceux qui pratiquent l’eucharistie qu’ils n’oublient pas que, même peu nombreux, ils célèbrent pour la multitude comme Jésus à la cène alors qu’ils n’étaient que 12. Les pratiquants offrent et célèbrent pour ceux qui ne sont pas là.

Monique Hébrard

[1] Ces fidèles qui ne pratiquent pas. Quelle place dans l’Église. Lessius, 9,50€

[2] L’auteure fait remonter cette habitude de statistique aux célèbres enquêtes de Gabriel Le Bras (1931) basées sur l’équation pratique=croyance, qui a entrainé celle de « fidèle » = « pratiquant ». Dans le même temps le mot « laïc » s’est cléricalisé, devenant spécialiste, actif dans la vie de l’Église.

 

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