La Saint-Barthélémy

Saint BarthélémyP. Boisserie et É. Stalner, La Saint-Barthélémy, Les Arènes BD, 3 tomes attendus, 2016-2017

À l’occasion de la commémoration de la publication des 95 thèses de Martin Luther qui marque le début des réformes protestantes, les Arènes BD publient un cycle consacré à la Saint-Barthélémy. Deux tomes sont déjà parus : Sauveterre et Tuez-les tous ! Le troisième est attendu.

Le royaume de France est déchiré par des affrontements religieux depuis 1562. Le pouvoir royal est affaibli et les différentes actions s’arment pour lutter.

Lors de l’attaque du domaine familial par des soldats papistes, Elie de Sauveterre assiste à l’enlèvement de son frère et de sa sœur, des jumeaux. Contrairement à son père, il ne peut se résigner à cette perte et entreprend de les retrouver. Ses efforts restent vains. Las, le jeune homme s’engage dans l’armée protestante.

Quelques années plus tard, Sauveterre accompagne la délégation huguenote à Paris pour le mariage d’Henri de Navarre avec Marguerite de Valois. L’événement est destiné à établir une concorde entre catholiques et protestants. Mais l’ambiance est délétère. Le mariage est impopulaire. La présence des protestants à la cour de France choque. Des intrigues politiques se nouent. Le massacre commence…

Il est cinq heures en ce 24 août 1572. Le tocsin résonne dans les rues de Paris. Comme s’il n’attendait qu’un signal, le peuple catholique, qui a les protestants en abomination, se lance dans une chasse meurtrière. Élie Sauveterre contemple horrifié le résultat de cette boucherie qui n’a épargné personne…

Ce cycle est une réussite. Le dessin est précis et élégant. Les couleurs sont crépusculaires. Le récit est juste : il montre que Charles IX, longtemps tenu pour seul responsable du massacre, a ordonné l’arrêt des tueries qui ne visaient que les chefs protestants réunis à Paris. Le récit est sombre : il révèle les intrigues politiques d’hommes et de femmes avides de pouvoir. Le récit est oppressant : il traduit l’angoisse prophétique et la violence de la fureur du peuple enivré par des attentes eschatologiques. Ce cycle est à lire. Et il invite à relire la belle thèse de Denis Crouzet : Les guerriers de Dieu. La violence au temps des troubles de religion (v 1525-1610), publiée aux éditions Champs Vallon. Il invite à méditer sur les conditions politiques, économiques et psychologiques qui favorisent l’émergence de ces comportements violents.

 Jean-Marc Goglin

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