Révélation et religion selon Karl Barth

Karl_BarthLes religions expriment-elles une révélation? Et ce, les unes mieux que les autres? La révélation concerne-t-elle seulement la connaissance de Dieu ou a-t-elle aussi un rapport avec la finalité de l’humanité? Une religion (le christianisme?) serait-elle pure, les autres n’étant qu’empreintes de paganisme? L’expression fidèle de ce que révèle le Dieu caché est-elle le fait exclusif du christianisme, ou bien les autres religions expriment-elles aussi une part de la révélation?

Voilà quelques questions auxquelles Karl Barth propose des réponses dans sa « Dogmatique ». Son analyse des religions, de la révélation et leurs rapports, se situe dans les copieux prolégomènes à la « Doctrine de la Parole de Dieu », que l’auteur pose comme LE « critère de la dogmatique ». Cette doctrine de la Parole le conduit à exposer d’abord la révélation de Dieu avant d’aborder l’Ecriture sainte.  Et c’est à l’intérieur du chapitre sur la révélation de Dieu que prend place la religion ou, plus précisément l’exposé qu’il intitule : « la révélation de Dieu comme assomption de la religion »[1]

Comme il le fait systématiquement, K. Barth ouvre ce paragraphe par l’énoncé des thèses qu’ensuite il expose et argumente: « La révélation de Dieu par l’effusion du Saint-Esprit est sa présence critique et réconciliatrice dans le monde des religions humaines, c’est-à-dire dans le domaine des tentatives faites par l’homme pour se justifier et se sanctifier lui-même, devant l’image de la divinité qu’il se compose de son propre chef et arbitrairement. L’Eglise est le lieu de la vraie religion uniquement dans la mesure où, par grâce, elle vit de la grâce »[2]. Nous verrons successivement ce que K. Barth expose de la religion, de la révélation et de leurs rapports. Mon texte sera quasi exclusivement fait de citations, littérales ou paraphrasées, dans un certain ordre assemblées[3].  C’est seulement ensuite que je me risquerai à quelques commentaires.

Les religions

L’origine humaine des religions est admise sans discussion. Tout comme ceux qui, naguère, se réclamaient des « sciences des religions primitives » et maintenant de l’ « anthropologie de religions », Karl Barth considère que les religions sont des inventions de l’homme, des systèmes pour disposer en sa faveur le Dieu qu’il s’est forgé. (Mesdames, veuillez lire ici le mot ‘homme’ comme synonyme d’humanité). Le monde des religions est aussi le domaine des tentatives faites par l’homme pour se justifier et se sanctifier lui-même devant l’image de la divinité qu’il se compose[4]. Face aux forces obscures, tantôt bénéfiques, tantôt terrifiantes et calamiteuses, l’homme s’est référé à l’existence supposée d’une toute-puissance mystérieuse qu’il lui fallait amadouer et à laquelle il devait plaire. Ces croyances, ces mythes, ces systèmes, avec leurs cultes et leurs rites forment les religions. Les religions attribuent à Dieu (ou aux dieux) la tâche de combler nos ignorances et, par l’observance de règles et de rites et  avec l’aide d’un médiateur (prêtre, sorcier, marabout, gourou, etc…), elles cherchent à attirer ses bonnes grâces. C’est ce qu’écrit Barth: « toute religion est caractérisée soit par une tentative de représenter la divinité, soit par un effort d’accomplir la loi morale. C’est dans cette double direction que l’homme cherche constamment à apaiser ses besoins religieux. »[5]

Dans cette approche, le christianisme n’échappe pas à ce processus. Et il ne fait pas exception. Aussi, écrit Barth, le chrétien ne doit pas ignorer qu’« ailleurs que dans le christianisme, il est des domaines particuliers où se trouvent des expériences, des  activités, des états tout semblables à ceux que présente le christianisme,… que nous ne pouvons ignorer, que nous devons appeler par leur nom, si nous voulons connaître la révélation et en rendre compte. »[6] Barth conclut que, « du point de vue de la révélation, la religion apparaît comme une entreprise qui consiste en quelque sorte à prévenir et à prévoir le dessein de Dieu, à substituer à son œuvre une construction humaine, bref à installer une image de Dieu issue de l’autonomie et de l’arbitraire humains en lieu et place de la réalité divine telle qu’elle s’offre à nous dans la révélation. » [7]

La révélation

A l’opposé des prétentions de la religion, la révélation est « l’acte par lequel Dieu se donne à connaître lui-même. »[8] Barth ajoute, soulignant la différence essentielle et immense qui existe entre Dieu se révélant et les religions qui se dressent vers Lui : « En touchant l’homme, elle [la révélation] sous-entend et elle confirme que ses tentatives de connaître Dieu par lui-même sont – d’un point de vue pratique et non théorique- rigoureusement vaines.»[9]  Si bien qu’: « on ne peut rendre à la révélation le respect qui lui est dû qu’en admettant d’emblée et sans condition sa supériorité sur la religion humaine[10] Dieu se révèle dans les Ecritures et, plus que tout, en son incarnation en Jésus le Christ, par ses paroles et par ses actes. Et parce que le Verbe de Dieu s’est incarné, parce que nous reconnaissons Deus capax hominis, nous pouvons reconnaitre « la révélation de Dieu comme la présence de Dieu dans le  monde des religions humaines. »[11] Et, si la révélation désigne l’Eglise comme lieu de la vraie religion, cela « ne saurait en aucun cas nous autoriser à  affirmer que la religion chrétienne est, comme telle, la forme accomplie de toutes les religions, et par conséquent, la plus haute, la seule vraie. »[12]

Rapports entre révélation et religion

Il s’agit, pour Barth, de rétablir l’ordre entre les notions de révélation et de religion, tant au niveau de la hiérarchie des moyens qu’à celle de l’histoire et du dessein de Dieu.[13] Parce que la religion est le fait de l’homme, elle ne permet à l’homme ni de connaître Dieu, ni de se justifier, ce qu’au contraire réalise la révélation :

  • la révélation est l’acte par lequel Dieu se donne à connaître lui-même et toutes les tentatives humaines de connaître Dieu sont vaines.
  • La révélation est aussi « l’acte de grâce par lequel Dieu réconcilie l’homme avec lui.»[14] La révélation en Jésus le Christ nous apprend que, là encore, toutes nos entreprises de justification et de sanctification ne peuvent que révéler leur inanité.

Il faut que les rapports de la révélation et de la religion soient aussi compris comme conformes au dessein de Dieu et à l’histoire qui se déroule entre Dieu et l’homme. C’est en se référant à la doctrine christologique de l’assumptio carnis  (le Fils de Dieu a « assumé la chair »: le genre humain) et en appliquant cette doctrine à la révélation  qu’on peut la considérer comme une « assomption de la religion. » [15]

Ainsi, il existe une vraie religion comme il existe des pécheurs justifiés. Et, conclut Barth, « à condition de nous en tenir fermement à cette analogie  – qui est, bien plus qu’une analogie, la substance même de l’objet dont nous parlons – il nous sera permis d’affirmer sans plus d’ hésitation: la religion chrétienne est la vraie religion »[16]. Il n’a pas ajouté – mais je crois pouvoir le faire – que, de même que l’homme reste simul justus et peccator, la religion, même « la vraie », est semper reformanda. « La vraie religion est, comme la justification de l’homme, une œuvre de la grâce » et « la grâce n’est rien d’autre que la révélation divine qui démasque le mensonge des religions et l’injustice foncière de l’homme. »[17] Quant à  l’Eglise, elle « est le lieu de la vraie religion uniquement dans la mesure où, par grâce, elle vit de la grâce. »[18]

Commentaires

Barth ne voit, dans toute religion, rien d’autre qu’un produit de l’homme lui-même et un effet de ses besoins si bien que, finalement « et jusqu’à un certain point » précise-t-il, la religion n’est nullement nécessaire.[19] Le fait est que, dans le monde occidental actuel en particulier, beaucoup vivent très bien sans religion. Le fait est aussi que les théologiens peuvent parler beaucoup de Dieu sans risque – dans ce monde – de contradiction de sa part, et que les prêtres ou autres médiateurs peuvent construire des rituels à foison leur permettant de conduire et apaiser leurs ouailles, sinon Dieu. Le fait est, surtout, que comme constructions humaines, les religions ne sont que prétentieux et vains efforts pour approcher et connaitre Dieu. De même que la construction de la tour de Babel, les religions peuvent être des tentatives orgueilleuses de ‘pénétrer les cieux’[20], exprimant la prétention humaine à atteindre et connaître Dieu par ses propres moyens efforts. Vains efforts car Dieu est tout-autre que ses créatures. La religiosité, la piété, les cultes n’y peuvent rien, l’intelligence et la raison non plus, c’est Dieu a l’initiative de sa révélation! Prétentieux efforts qui peuvent aussi faire les religions idolâtres. N’oublions pas que, tandis que YHWH parlait à Moïse au Sinaï, « le peuple s’assembla auprès d’Aaron et lui dit: ‘allons, faisons-nous un Dieu qui aille devant nous.’ »[21] et ils adorèrent… un veau d’or!

Toutefois, Barth est disposé à recevoir ce qui, dans les religions, y compris non chrétiennes, peut être révélation de Dieu. Il ne s’agit pas de relativiser les religions mais de considérer que l’inscription du Verbe de Dieu dans l’histoire de humanité rend non seulement possible mais imaginable qu’il y ait dans des religions, même non chrétiennes, une révélation et une voie de salut par Jésus, le Christ, le Seigneur, d’une façon que lui seul connait. Cette reconnaissance de la présence incognito de Dieu dans les religions non chrétiennes[22] est une ouverture pour le dialogue inter-religieux et la théologie chrétienne du pluralisme des religions; une ouverture aussi pour penser le salut des croyants non chrétiens par Jésus, le Seigneur. Le concile Vatican II ira dans le même sens mais il s’exprimera de façon plus prudente ou réservée en affirmant « l’Eglise catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. »[23]. Il sera plus explicite en affirmant la possibilité du salut pour tous, et particulièrement de ceux qui ignorent l’Evangile du Christ et son Eglise mais vivent leur conscience animée par la grâce[24].

Dans sa célébration de la révélation, K. Barth s’inscrit dans la ligne de la Réformation mais aussi en  opposition au protestantisme libéral. Il insiste sur la part irrationnelle de la révélation et de sa réception dans la foi et surtout sur l’initiative entière et gracieuse de Dieu. Donner la première place à la révélation, c’est affirmer que Dieu ne peut pas être l’objet d’une découverte rationnelle de l’homme, serait-ce au travers des religions, mais un acte de Dieu (une auto-communication, dira K. Rahner), un acte volontaire et de pure bonté. Notons simplement que les catholiques conservent une théologie selon laquelle il serait possible que Dieu soit connu par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des choses créées, mais le Magistère précise que « cette connaissance ‘naturelle’ et non ‘révélée’ a besoin, pour être approfondie, d’être éclairée par la révélation. »[25]

Le discours de K. Barth porte aussi très nettement la marque du protestantisme par son insistance sur la grâce (sola gratia) dans la révélation tout comme dans la foi qui permet la justification. L’homme, est certes capax dei mais il ne découvre pas Dieu comme s’il le démasquait. Créé à l’image de Dieu, il est seulement capable d’accueillir la grâce et d’en recevoir les fruits. Un tel accent sur le rôle de la grâce n’est pas sans évoquer, au-delà du don de Dieu, une chance pour l’homme et la religion qui en sont l’objet. Dans cette chance, certains ont pu voir pointer le hasard, voire la prédestination. C’est aussi une marque de la Réformation que de présenter la nécessité constante pour les croyants de chercher d’abord et toujours la fidélité à la révélation, ce qui implique aussi la nécessité d’une réforme continue de la religion. Mais un tel discours me paraît susceptible d’être reçu par tous les chrétiens comme une invitation à une réforme personnelle, voire une révision de la hiérarchie des vérités.

En termes de théologie pratique, il est bon de retenir que c’est la révélation plutôt que la religion nous fait découvrir – partiellement – le Dieu caché, quand bien même la religion contiendrait, et transmettrait, par grâce, une part de sa connaissance. Certes, les religions sont, le plus souvent, le vecteur de l’éducation et de l’éveil à la réception de la foi ; mais, selon Barth, du fait de la finitude et de la peccabilité humaine, elles ne peuvent que déformer, faire écran, et même trahir la révélation de Dieu. Si malgré cela, elles peuvent faire connaître l’amour de Dieu, c’est par pure grâce de sa part. Il est bon de nous rappeler sans cesse que la fidélité à notre baptême est d’abord fidélité à la révélation du Père, en Jésus, par l’Esprit plutôt qu’observance de rites de piété. Et il est juste de reconnaître que Dieu habite en bien des non-croyants animés par l’amour, même si ceux-ci ne le nomment pas Dieu. J’ai déjà cité plus haut Lumen Gentium 16 qui, fort de ce constat, y confirme la possibilité d’un salut pour tous, selon le dessein de Dieu.

C’est dire que, si la religion est porteuse – plus ou moins fidèlement – de la révélation, elle n’en est pas un media indispensable. La religion n’est nullement nécessaire, écrit K. Barth[26], et elle pourrait bien disparaitre, (le monde pourrait être désenchanté diront M. Weber puis M. Gauchet), la révélation ne disparaitrait pas. Déjà (en 1944) D. Bonhoeffer considérait: «la forme occidentale du christianisme comme étape préliminaire d’une absence complète des religion.»[27] On sait que M. Gauchet estime qu’avec le christianisme la religion ne remplit plus son rôle normatif d’origine dans l’organisation de la société, mais sa célèbre formule « le christianisme est la religion de la sortie de la religion »[28] va peut-être plus loin, incluant le « désenchantement » que d’autres appellent sécularisation ou encore le monde sans Dieu, devenu « majeur »[29] selon D. Bonhoeffer qui écrivait: « Ce n’est pas à nous de prédire le jour – mais ce jour viendra – où des humains seront appelés de nouveau à exprimer la Parole de Dieu de telle façon que le monde en sera transformé et renouvelé. Ce sera un langage nouveau, peut-être tout à fait a-religieux (c’est moi qui souligne), mais libérateur et rédempteur, comme celui du Christ »[30].

Ceci conduit à évoquer la question de savoir si, ontologiquement, l’homme est religieux, ou non. En décrivant les religions comme des élaborations humaines et en constatant leur universalité temporelle et spatiale, K. Barth conduit à penser que cette capacité est une caractéristique essentielle de l’humanité. Il considère l’homme comme a priori religieux. Et il estime que, si la révélation nous atteint, c’est « en tant qu’être religieux ». Toutefois, il prend acte de l’intensité variable du sentiment religieux et  il estime que si la force de ce sentiment ne peut fonder le sens de Dieu, inversement sa faiblesse  ne le rend pas impossible. Du reste, ajoute-t-il: « Des hommes carrément irréligieux ont éprouvé plus fortement tout le sérieux et l’importance de la recherche de Dieu, et l’ont exprimé avec plus de rigueur, que les gens les plus sincèrement pieux et les plus zélés. »[31]                                                                                                                                                                                                                                                                                         

Au regard de l’ignorance et de l’indifférence concernant les choses de la foi, Bonhoeffer, dans le sillage de Barth, s’interroge lui aussi: « Y a-t-il des chrétiens sans religion ? » Et, « si la religion n’est qu’un vêtement du christianisme – et ce vêtement a pris des aspects différents aux différentes époques- qu’est-ce donc alors qu’un christianisme sans religion ? »[32] Il estime que  les chrétiens sont de ce monde et, avec les non chrétiens, ils vivent dans ce monde devenu majeur. Ils doivent en être conscients, l’accepter et en tirer les conclusions nécessaires. Et pour lui, les chrétiens – dans le monde devenu majeur – doivent être a-religieux. Malheureusement, la poursuite de cette recherche, l’élaboration et l’énonciation d’un christianisme a-religieux ne lui seront pas permises du fait de son assassinat par les nazis.

Je n’ai fait qu’évoquer quelques ouvertures et perspectives offertes par ma lecture de « religions et révélation » dans la « Dogmatique ». Chacune mériterait d’être davantage analysée et discutée et il y a sans doute encore d’autres orientations possibles. Elles témoignent de la richesse, de l’actualité persistante, et de la possibilité d’une réception œcuménique différenciée du travail de Barth.  (↑)

Bernard PAILLOT

[1] Dogmatique, éd. Labor et fides, 1954, 1er vol., t. 2, 2ème partie, § 17, p 71-146.

[2] Ibid p. 71

[3] Cf. Maurice Denis : « un tableau…est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées », Art et critique, 1890

[4] Dogmatique, ed. Labor et fides 1954,1er vol., t. 2, 2ème partie, § 17, p 71

[5] Ibid, p. 104

[6] Ibid, p. 72

[7] Ibid, p. 93

[8] Ibid, p. 92

[9] Ibid, p. 73

[10] Ibid, p. 86

[11] Ibid, p. 73

[12] Ibid, p. 115

[13] Cf. ibid, p. 88

[14] Ibid, p. 98

[15] Ibid, p. 88

[16] Ibid, p. 115

[17] Ibid, p. 115

[18] Ibid, p. 71

[19] Ibid, p. 105

[20] Gen 11,4

[21] Gen 32,1

[22] Cf. Dogmatique, éd. Labor et fides 1954,1er vol., t. 2, 2ème partie, § 17, p 73

[23] Nostra Aetate 2

[24] Lumen Gentium 16

[25] cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique n° 387

[26] Dogmatique, ed. Labor et fides 1954,1er vol., t. 2, 2ème partie, § 17, p. 105.

[27] Dietrich Bonhoeffer, Résistance et soumission ; lettres et notes de captivité, Labor et fides 2006, p. 328

[28] Le désenchantement du monde; une histoire politique de la religion, coll folio essais, Gallimard 1985, pp.197 s.

[29] ibid. p. 407

[30] ibid. p 353

[31] Dogmatique, ed. Labor et fides 1954,1er vol., t. 2, 2ème partie, § 17, p. 95

[32] Dietrich Bonhoeffer, «  Résistance et soumission ; lettres et notes de captivité », Labor et fides 2006, p. 328-29

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