Max Jacob, illustre inconnu

max-jacobTout le monde connaît son nom, certains se souviennent qu’il a accompagné les débuts du cubisme avec Picasso, qu’il a été un poète plus ou moins proche du surréalisme, une grande figure du Montmartre de la Belle Époque… mais peu de gens savent que, dans le parcours de cet artiste inclassable, deux apparitions du Christ ont révélé en lui un mystique d’une rare profondeur, exprimant ses expériences dans ses deux langages : à travers les gouaches, dont la vente lui permettait de survivre, et  sa foisonnante production poétique. Ce qui relie toutes ces œuvres, c’est une totale liberté d’expression synthétisant les multiples facettes d’une personnalité particulièrement riche en contradictions.

Téléchargement

« Moi, j’ai à la fois envie de vivre, envie de mourir, envie de produire beaucoup, envie de produire peu et beau, envie de baiser, envie d’être chaste, envie de pleurer et envie de rire. Et ça tout le temps tout le temps. Et je me porte bien pourtant. »

Ce texte résume bien l’écartèlement permanent dans lequel il s’est débattu, dans sa vie comme dans son œuvre, et pour le fond comme pour la forme, puisqu’il n’a jamais réussi à trancher entre la peinture et l’écriture, même si celle-ci a tenu finalement la plus grande place. Cette vie de martyr s’est trouvée éclairée par un humour et une imagination débordante, d’un côté, et par un mysticisme improbable, de l’autre. Voilà précisément ce qui fait la richesse de l’œuvre de Max Jacob, cette tension entre des forces contraires, qu’il exprime avec une simplicité presque naïve. Voilà aussi ce qui la rend inclassable, irréductible aux catégories chères aux critiques.

Ce déchirement s’explique en partie par ses origines : né en 1876 à Quimper dans une famille juive, il s’est senti très jeune en décalage par rapport à ses condisciples ; dans cette région où le catholicisme se manifestait alors par de spectaculaires processions et cérémonies en  plein air, Max se sentit mis à l’écart. C’est en spectateur qu’il assistait à ces rituels dont la mystérieuse beauté l’impressionnait, tandis que ses camarades y trouvaient tout naturellement leur place. À l’école, ils prenaient fréquemment Max pour souffre-douleur, ce qui a provoqué chez lui des troubles psychologiques assez graves pour que sa mère l’emmène à Paris consulter le célèbre Charcot, dont il a suivi les traitements à l’âge de douze-treize ans. De ce séjour à Paris, il a retenu la passion du théâtre, Charcot ayant recommandé pour lui le maximum de distractions !

Dès son retour, il crée un journal dans son lycée, Le Cygne, affirmant sa vocation naissante pour la littérature. En connaissant le contexte dans lequel il a grandi, on ne s’étonne pas de trouver chez lui des influences puisées dans le folklore breton autant que dans la kabbale et autres traditions occultes plus ou moins tirées de la Bible, auxquelles il s’est beaucoup intéressé, bien que sa famille ait  abandonné toute pratique religieuse à la mort des grands-parents, avant 1890. Il a d’ailleurs écrit plus tard : «  J’avais été élevé dans un lycée laïque, à une époque des plus laïques. »… La conscience précoce de sa singularité vient aussi de son homosexualité, qui fut l’un des tourments majeurs de son existence.

Cette personnalité  originale ne cadrait pas avec les attentes de son entourage familial. Son père  exerçait le métier de tailleur, et sa mère, femme cultivée, dirigeait la  boutique  prospère  qui jouxtait l’atelier. Max était le quatrième de leurs six enfants, et ils entendaient bien que ses dispositions pour la littérature, qui en faisaient  un brillant élève du lycée de Quimper, primé au Concours Général, lui ouvrissent les portes d’une belle carrière. Or, son parcours d’étudiant à Paris est loin de suivre une trajectoire rectiligne.  S’il  obtient, après quelques détours, une licence en droit, il n’envisagea jamais sérieusement d’en tirer parti. Son intérêt pour l’art le conduit à prendre des cours à l’Académie Julian. Si l’enseignement qui y était dispensé ne le séduit pas, cette expérience lui permet de rencontrer des artistes et de travailler comme critique, sous le pseudonyme de Léon David, à la Revue d’Art et au Moniteur. C’est ainsi qu’il découvre, en juin 1901, à la galerie Ambroise Vollard, la peinture du jeune Picasso, qui l’enthousiasme. Quelques jours plus tard, ils se rencontrent et deviennent immédiatement d’inséparables amis. Max Jacob décrit d’une façon lapidaire la force de cette rencontre : «  J’ai connu Picasso ; il m’a dit que j’étais poète ; c’est la révélation la plus importante de ma vie après l’existence de Dieu. » Avec Picasso, Apollinaire, André Salmon, il mène à Montmartre une vie parfaitement bohème, proche de la misère qu’il cache sous une mise toujours élégante et recherchée grâce à ses parents tailleurs. Il publie ses premiers recueils, tout en continuant à peindre et à exposer avec le soutien d’Apollinaire.

Il a 33 ans lorsque, le 22 septembre 1909, dans son réduit de la rue Ravignan, au Bateau-Lavoir, il est le témoin d’une apparition, qu’il relate dans son Récit de ma Conversion : «  Il y avait sur mon mur un Hôte. Je tombai à genoux, mes yeux s’emplirent de larmes soudaines. Un ineffable bien-être descendit sur moi, je restai immobile, sans comprendre. (…) J’eus instantanément la révélation que je n’avais jamais été qu’un animal, que je devenais un homme. Un animal timide. Un homme libre. Instantanément aussi, dès que mes yeux eurent rencontré l’Être Ineffable, je me sentis déshabillé de ma chair humaine, et deux mots seulement m’emplissaient : MOURIR, NAÎTRE. » Cet événement provoque des sarcasmes chez certains de ses amis qui y voient les effets d’hallucinations liées à sa consommation d’éther, ou une pitrerie de plus. Or, il s’agit d’une véritable révélation qui oriente le cours de sa vie. Il y associe de bonnes rencontres faites dans les mois suivants l’événement, en particulier celle du grand marchand d’art Kahnweiler qui lui propose de collaborer avec Derain pour un ouvrage d’art. Autre bienfait : son propriétaire fait entrer le jour dans sa turne en y faisant enfin percer une fenêtre. Il se sent saisi  par une inspiration irrépressible et rédige des morceaux qui feront la matière de ses futures publications, comme Les Œuvres burlesques et mystiques de Frère Matoreou Le Terrain Bouchaballe, tout en commentant les Évangiles et les Métamorphoses d’Ovide. Cependant, le prêtre auquel il s’est adressé ne l’a pas pris au sérieux, tandis que les critiques n’apprécient pas le rapprochement entre ses écrits et la manière cubiste de Picasso, qui illustre son Saint Matorel, paru chez Kahnweiler en 1911. « Max Jacob ne manque ni d’esprit, ni de fantaisie, ni d’observation. Ce sont de vieilles qualités, des qualités bien françaises, qui n’ont rien de cubistes… »,  écrit un rédacteur du Journal des débats littéraires ! »

Toujours cette incapacité à entrer dans des cases… qui s’exprime aussi par le refus des éditeurs catholiques de publier ses commentaires des Évangiles, suspects de mêler des éléments d’occultisme et l’influence du Sepher ha-Zohar à la lecture des textes saints. Ce n’est qu’en 1939 que paraissent les Méditations sur le Chemin de Croix, dans lesquelles sont reprises en grande partie ses méditations, sujet de conférences tenues dès 1911. Entre temps, bien des choses se sont passées, à commencer par le baptême de Max, sous le nom de Cyprien, en 1915 grâce à sa rencontre, à Notre Dame de Sion, avec les frères Ratisbonne dont la vocation est d’accompagner la conversion des Juifs. Voilà comment le nouveau converti commente sa décision : «  Oui, mon ami, je vais me convertir au catholicisme. Voilà cinq ans que j’hésite; j’ai réfléchi et ruminé cet acte énorme depuis cinq ans, depuis l’apparition surnaturelle qui a bouleversé mon esprit et ma vie depuis septembre 1909. Les Juifs attendent le Messie ! Je ne l’attends plus puisque je l’ai vu !… je n’ai pas la force de changer ma vie terrestre qui me fait horreur sans une aide, et qui me donnera de l’aide sinon les prêtres catholiques ? Les juifs sont des hommes de l’esprit ; j’ai besoin des hommes de cœur. » Il choisit Picasso pour parrain et se met sous la protection de Cyprien d’Antioche, dit Le Mage, mort en 304 et connu pour sa puissante prière réputée capable, chez les tenants de l’occultisme, d’éloigner les mauvais esprits. Nous ne sommes pas loin de l’univers décrit par son prédécesseur Huysmans dans son roman Là-Bas. Une fois de plus, nous observons que cette période marquée par la pensée positiviste triomphante, est, comme par un effet de compensation, parcourue par une veine mystique parfois teintée de magie noire et de rituels païens.

Max Jacob marche décidément dans les pas de Huysmans lorsqu’il décide de s’installer à Saint Benoît sur Loire en 1921, pour échapper aux tentations de la vie parisienne qui entretiennent sa division entre le pécheur de la nuit et le repentant du matin. Il a publié l’année précédente un  ouvrage dont le titre primitif était Le Christ à Montparnasse, remplacé par celui, non moins évocateur, de Défense de Tartufe*, extases, remords, visions, prières, poèmes et méditations d’un juif converti. Tout un programme ! On comprend encore mieux la portée de l’évolution de Max Jacob si l’on sait qu’en cette même année 1921, Aragon publie un roman à clés, Anicet ou le Panorama , dans lequel Anicet, son propre double, sent qu’il faut choisir entre la pureté incarnée par Monsieur Chipre-Max Jacob, et la fièvre du succès mondain, représentée par le personnage de Bleu alias Picasso. De son côté, Valéry Larbaud évoque, au cours d’une conférence la capacité de Max Jacob « à accueillir les mots comme les oiseaux et les poissons s’approchent de St François d’Assise ou d’Adam avant la chute. » Installé dans une cellule du monastère bénédictin quasiment désaffecté, Max Jacob travaille sans répit et entretient une immense correspondance. Il reçoit aussi des visiteurs comme Pierre Reverdy dont il déplore le sérieux, le « péché des péchés », selon lui. Des vacances en Bretagne, un voyage à Rome et autres pérégrinations l’éloignent aussi temporairement d’un lieu dont il finit par se dégoûter, le qualifiant de sobriquets tels que Saint-Benoît-la-Colique ou Saint-Benoît-les-Ennuis. Des rencontres amoureuses, passionnelles et le plus souvent décevantes, avec de jeunes hommes, réveillent ses démons ; une liaison de quatre ans avec Maurice Sachs, personnalité ambigüe, postulant aux Carmes pendant un temps, puis chasseur de millionnaires au comportement scandaleux, réprouvé par Cocteau lui-même, absorbe Max Jacob qui se veut son mentor en l’incitant à faire fructifier ses dons littéraires.

De retour à Paris en 1928, Max Jacob se trouve mêlé à un débat qui le fait sortir de son habituelle réserve quant à l’homosexualité : un amant de Cocteau, Jean Desbordes, ayant publié sous le titre J’Adore, un livre où se mêlent expérience mystique et passion charnelle, qualifié par Jacques Maritain de « crachat à la Face du Christ », notre poète prend la défense de l’ouvrage dans Les Annales politiques et littéraires, affirmant que l’auteur exprime certes des « vérités impures » sur la chair, mais que, ce faisant, il traduit une vérité qui peut déboucher sur une nouvelle intelligence chrétienne. Oserais-je dire que, lors des débats qui agitent actuellement l’Église en matière de sexualité et de pédophilie, la lecture de ce genre d’ouvrages permettrait, de façon salutaire, de resituer le problème à son véritable niveau, celui où, inévitablement, se rencontrent l’ange et la bête ? Cela éviterait de s’enliser dans le piège de la médiocrité hypocritement moralisatrice entretenue par les media et le prêt-à-penser !

modigliani-max-jacobDe 1928 à 1934, Max Jacob mène une vie de dandy dans la capitale, bénéficiant du soutien de Pierre Colle dont la galerie expose et vend ses œuvres. L’une d’entre elles est achetée par l’État, tandis qu’une exposition importante lui est dédiée à la galerie Georges Petit. Francis Poulenc, Henri Sauguet et d’autres compositeurs mettent certains de ses textes en musique, et il reçoit en 1933 la légion d’honneur ! Plusieurs ouvrages, universitaires et autres, lui sont consacrés. On peut dire qu’il obtient une véritable reconnaissance. Mais cela ne le comble pas : il souffre dans sa chair des tourments ininterrompus d’un désir toujours inassouvi et toujours source de repentirs sincères. Un accident de voiture le laisse boiteux, comme pour marquer la cicatrice de l’éternel combat de Jacob avec l’Ange, si bien peint par Gauguin. Dans un roman à clés intitulé Alias, son ancien amant Maurice Sachs l’exécute en 1935, le peignant sous les traits de César Blum qui, « ne pouvant s’empêcher de faire l’amour, en arriva à un compromis qui semblait effrayant aux chrétiens comme aux païens, par lequel il faisait l’amour le soir, allait à confesse au matin, communiait, peignait, faisait l’amour et recommençait. » Max Jacob se sent trahi, assassiné moralement, et se réfugie quelques mois plus tard à Saint Benoît pour une retraite définitive.

Il s’installe cette fois à l’extérieur de l’abbaye, dans une modeste chambre d’hôtel mansardée. Il est un repère pour nombre de jeunes poètes qui viennent le rencontrer et avec qui il est en correspondance, leur prodiguant encouragements et conseils, les incitant à cultiver leur vie intérieure. Jean Paulhan écrit de lui : « Combien sommes-nous à savoir que le grand poète catholique d’aujourd’hui c’est Max, non Claudel ? » Il pressent dès 1938 le désastre entraîné par la reculade de Munich et ses conséquences sur le destin de l’Europe. Lorsque Saint Benoît subit en 1940 les bombardements et l’afflux de réfugiés, qu’il nomme les suicidés, il apporte son aide en veillant les blessés, tandis que ses œuvres sont mises à l’index avec celles des autres auteurs juifs. Ses droits d’auteur sont confisqués, tout comme les biens de sa famille. Puis, en 1943 et 1944, après plusieurs de ses frères et sœurs, il est arrêté à la sortie de la messe à laquelle il assistait quotidiennement à Saint Benoît. Conduit à Drancy, il est l’objet de démarches désespérées de la part de ses amis alertés par le curé. Jean Cocteau écrit aux autorités allemandes cette lettre qui est le plus bel hommage rendu au poète :

« Je dirais de Max Jacob que c’est un grand poète si ce n’était un pléonasme (…) La jeunesse française l’aime, le tutoie, le respecte et le regarde vivre comme un exemple. En ce qui me concerne, je salue sa noblesse, sa sagesse, sa grâce inimitable, son prestige secret(…) Ajouterais-je que Max Jacob est catholique depuis vingt ans. »

Alors qu’il doit partir pour Auschwitz, Max meurt à Drancy d’une pneumonie qui provoque un arrêt cardiaque…

Son corps est inhumé, selon sa volonté, à Saint Benoît, en 1949. Il est élevé au rang de « poète mort pour la France », comme Péguy, Apollinaire, Desnos et Benjamin Fondane. Cette fin, proche du martyr, peut nous faire penser à celles de Simone Weil ou d’Edith Stein. Ces femmes ont partagé avec lui, en effet, la même exigence dans la recherche de la vérité, à travers ce passage de racines juives plus ou moins éloignées à une pratique catholique vécue de façon radicale. Lui, tout comme elles, a partagé le sort de son peuple maudit. Sa poésie, née des tortures d’une chair désirante dans un esprit épris de pureté, rappelle aussi le creuset dans lequel est née celle de Verlaine, auteur de Sagesse  et de Parallèlement. Son esprit caustique et sa façon de mettre en scène de façon décalée des personnages approchés dans la vraie vie peut faire penser à Proust…  Le côté cabotin de Max Jacob le rapproche aussi du don Quichotte qu’un autre inclassable quasi contemporain, Miguel de Unamuno, propose, dans Le Sentiment Tragique de la Vie, comme modèle humain : pour lui, la perfection s’accomplit en l’homme divin, Jésus-Christ, dont le Quichotte est le pendant humain, il aboutit ainsi à la conclusion que la seule posture tenable dans la vie humaine terrestre est d’assumer le ridicule propre à chacun. D’autres diraient le clown que chacun a en lui ; on peut penser que Jésus a formulé la même idée différemment en affirmant que le Royaume appartenait aux enfants et à ceux qui leur ressemblaient.

Inclassable est bien le terme approprié à l’homme Max Jacob comme à l’œuvre prolixe qui a jailli encore après sa mort en quantité de publications posthumes… et cela explique son statut d’illustre inconnu, tant notre époque normatrice déteste ce qui ne se range pas dans des fichiers.Pour terminer, voici un extrait de La Défense de Tartufe *, dans lequel on voit bien l’alliance du spirituel et du naturel qui est l’une des caractéristiques de sa poésie :

* Tartufe et non Tartuffe, pour ne pas s’enfermer dans la référence au personnage de Molière.       

Le Christ au Cinématographe

 (la deuxième apparition dont Jacob a été témoin a eu lieu pendant une séance de cinéma)

« Tu manges les noyaux des fruits, enfant, prends garde

Qu’en ton petit ventre ils soient la graine d’un arbre »,

Me disait-on chez moi lorsque j’étais gamin.

C’était m’encourager sur un mauvais chemin :

Des branches au nombril, c’est des fruits sous la main.

Avoir un arbre à moi, sans qu’on pût me le prendre

Et dont le fruit repousse aussitôt qu’on le mange !

J’ai mon arbre aujourd’hui : cet arbre c’est la Croix … »

Les Œuvres poétiques de Max Jacob sont éditées dans la collection Quarto de Gallimard. Son œuvre picturale occupe une large place au musée de Quimper. Sous le titre de Max Jacob, Le Peintre Inavoué, André Cariou a publié aux éditions Coop Breizh un catalogue qui permet de mesurer la relation entre l’écriture et la peinture de Max Jacob.

Adeline GOUARNE

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s