Matinée d’échange autour du Royaume, d’Emmanuel Carrère

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Le 8 avril dernier, au Centre Diocésain, nous étions près de 80 personnes rassemblées pour discuter de cet essai qui a été l’un des plus gros succès de librairie de ces derniers mois. Le Royaume est un livre qui interpelle les croyants par la sincérité de la démarche par laquelle son auteur interroge la foi chrétienne en croisant à la fois son expérience personnelle, ses souvenirs de ses périodes d’adhésion et de doute, sa fréquentation de milieux variés cherchant le sens de leur vie dans des directions différentes, comme le bouddhisme ou le communisme, et son talent de romancier-enquêteur.

Ce livre ne peut laisser indifférent : la preuve, nous sommes nombreux ce soir du 8 avril, répartis par petites tables. Ce qui frappe d’abord dans ce livre, c’est sa sincérité : « Ce livre que j’achève là, je l’ai écrit de bonne foi, mais ce qu’il tente d’approcher est tellement plus grand que moi que cette bonne foi, je le sais, est dérisoire. Je l’ai écrit encombré de ce que je suis : un intelligent, un riche, un homme d’en haut : autant de handicaps pour entrer dans le Royaume. Quand même, j’ai essayé. Et ce que je me demande, au moment de le quitter, c’est s’il trahit le jeune homme que j’ai été, et le Seigneur auquel il a cru, ou s’il leur est resté, à sa façon, fidèle. Je ne sais pas. » 

Nous lâchons le livre après avoir suivi le cheminement de son auteur dont l’éducation catholique était plutôt formelle ; il se souvient de son père déclarant, à la sortie de la messe, peu de temps après les réformes issues de Vatican II : « Tout de même, quand on disait tout cela en latin, on se rendait moins compte à quel point c’est bête. » De là la volonté d’Emmanuel Carrère d’analyser les paroles de la messe pour savoir si, en les passant au peigne fin de l’intelligence, on peut en bonne foi y adhérer. Avec une certaine stupeur, il se souvient d’avoir été, pendant un peu plus de deux ans,  un pratiquant fervent, acceptant comme vraies des assertions qui, avant et après cette parenthèse, lui paraissent relever d’un naïf obscurantisme. Ces interrogations, quel homme de bonne foi ne les a-t-il jamais eues ?

Son parcours intérieur nous mène du salon de sa marraine, croyante éclairée qui cherche à lui ouvrir la route, à l’amitié profonde qui le lie à l’autre filleul de cette femme, un marginal bouddhiste qu’il retrouve régulièrement pour des semaines de retraite dans la montagne, en passant par les réminiscences d’ouvrages antérieurs comme L’Adversaire, et une longue enquête sur les origines du christianisme.

Cette partie du livre est particulièrement intéressante dans la mesure où elle humanise des figures aussi figées dans leurs statuts et statues de saints et d’apôtres que Paul, Pierre et Luc. Celui-ci, en particulier, est l’objet d’une sympathie particulière de la part de l’auteur qui exprime son admiration  pour le talent de ce confrère modeste et génial. C’est cet aspect que Jean-Baptiste Sèbe a d’ailleurs particulièrement développé dans son intervention. C’est en effet l’une des originalités les plus attachantes du livre que ce rapprochement des Pères de L’Église avec les révolutionnaires russes du début du XXème siècle qu’Emmanuel Carrère connaît très bien. Si certains peuvent trouver cela choquant, ou seulement surprenant, il me semble très judicieux de rappeler ce que le christianisme a de subversif en renversant le système de valeurs communément admis et en proposant de dépasser notre horizon terrestre.

Les premiers chrétiens n’étaient pas tous d’accord sur l’interprétation du message du Christ.  Que dirait celui-ci, d’ailleurs, s’il venait nu-pieds se promener au Vatican aujourd’hui ? Il ne recherchait certes ni pouvoir ni honneurs, plaçant ses adeptes, depuis l’origine jusqu’à aujourd’hui, devant un paradoxe que Carrère décrit très bien et dont l’Église souffre depuis l’origine : comment faire coïncider l’accomplissement de notre existence terrestre et l’impératif de détachement transmis par Jésus ?

La Bonne Nouvelle qui transparaît à travers ce livre, c’est que ce sujet passionne les lecteurs de tous bords lorsqu’il est traité avec talent et honnêteté, comme il l’était aussi dans le film Des Hommes et des Dieux il y a quelques années, apportant la preuve que le christianisme n’est pas  mort et que l’Esprit ne nous a pas complètement abandonnés aux prestiges technologiques et aux prières automatiques.

                                                           Adeline Gouarné

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